Montréal 11 juin 2012
Monsieur Pierre Foglia
Un jour, c’était le 9 décembre 1989,
j’ai lu un de vos articles dans la Presse , à propos de la tuerie
perpétrée cette semaine-là à la polytechnique par Marc Lépine contre quatorze jeunes femmes.
« C'est épouvantable. Mais ça
n'a strictement rien à voir avec rien, [...] Des avions dans le ciel. Des fois
il en tombe un. Il n'y a rien à faire. » Pierre Foglia, "Quel monstre
?", La Presse, 9 décembre 1989..
Je ne suis pas militant féministe. Je peux même dire que sur certains plans, je suis tout
ce qu’il y’a de plus conformiste patriarcal. Mais cet angle, Monsieur Foglia,
ce matin là, m’avait complètement interloqué. Pas besoin d’être sociologue, me semblait-il, pour
comprendre, au premier abord, que cette histoire était très importante, qu’elle
trahissait le profond désarroi d’une grande proportion d’hommes impuissants
face à ce pouvoir qui lui échappait de plus en plus et que tout ça allait
transformer la société québécoise de manière durable et pas pour le mieux.
Aujourd’hui, il ne fait plus grands doutes que cette date historique correspond à
la fin de la montée du mouvement féministe au Québec. Pourquoi cet angle, à ce
moment précis où ça crève les yeux qu’il y’a un enjeu sociétal majeur me
demandai-je ? Pourquoi ce déni ?
Depuis ce temps, je vous ai toujours détesté. Avec vos jugements à l’emporte-pièce, votre défense des valeurs de
culture, de gauche et d’indépendantisme à l’intérieur de la grosse Presse.
Votre rôle de fou du roi. Dans les dernières années, vos attaques soutenues envers les
« théories du complot ». La seule fois où
vous m’avez été sympathique, c’est lorsque je vous ai entendu dans un tête à tête d’une heure avec Pierre
Falardeau à Radio-Cadenas. Cette fois-là, j’ai senti votre humilité sincère.
Mais même là, vous nous seriniez votre admiration béate pour vos collègues Yves Boisvert et Vincent Marissal.
Je l'avoue. Je n’ai aucune
sympathie envers vos amis. Oui, il sont moins pire que les autres. Non, moi non plus, je ne gagne pas ma vie toujours honorablement.
Si je ne vaux pas mieux qu’eux, par contre, je ne passe pas ma vie à essayer de
justifier l’injustifiable comme vous le faites dans votre dernier billet
d’humeur intitulé Pro Domo où vous vous portez à la défense de « votre
maison ».
Dans ce texte vous
présentez votre équipe de journalistes comme d’honnêtes serviteurs du bien
public, André Pratte comme un homme d’une gentillesse extrême et votre patron,
Paul Desmarais comme un homme de cœur. Hum..Hum… Ce serait un euphémisme de
dire que j’ai quelques réserves sur ce texte à commencer par ce ton
condescendant que vous employez envers tous ces lecteurs qui se
demandent pourquoi vous ne ruez pas dans les brancards contre la fameuse réception de votre
patron dans son domaine de Sagard en 2008 et mise en ligne dernièrement sur le
net. « Vous n’en avez rien à foutre de la culture » nous dites-vous.
Bin non il n’y a que vous, Monsieur Foglia, qui vous y intéressiez réellement.
Je ne m’étendrai pas sur l’ensemble de vos arguments pitoyables pour défendre votre
journal, au moment où de nombreux citoyens se désabonnent de la
Presse ou quittent les services de l’empire Québecor pour protester contre
l’ensemble des basses œuvres des médias québécois, au moment où la répression policière atteint des sommets et où le délit d'opinion fait son entrée dans la jurisprudence. Je n’en
retiendrai qu’un seul… la dernière ligne : « Ils (la famille
Desmarais) font comme si c’était votre journal ».
Tout est dans le
« comme si » Monsieur.
Encore une fois, ce réflexe qui me revient... Pourquoi ce déni à ce moment précis ?
Pour tout dire, je n’y
crois pas deux secondes à cette histoire de fausse liberté de presse Monsieur
Foglia. Votre équipe de gauchiste de la Presse, ça ressemble plutôt à des
poisson rouges qui s’agitent dans un bocal. Ça ne fait pas progresser les
options que vous défendez une seule seconde. Je suis même convaincu que ce
système est beaucoup plus redoutable pour faire adhérer volontairement le
peuple à son propre esclavage que tous les systèmes totalitaires jamais
inventés. Et qu’elle réside justement là, la raison pour laquelle des milliards
de tôtons, comme vous dites, sont convaincus de vivre dans le meilleur système
économique qui soit.
Finalement, devant
la radicalisation du pouvoir à laquelle nous assistons actuellement, Monsieur
Foglia, je considère que la seule posture acceptable pour vous et vos collègues
de « gauche » de la Presse, c’est la grève générale ou la démission en bloc.
En attendant cette
action d’éclat qui ne saurait tardée à être mise en place, j'en suis sûr, voici un autre son de cloche qui décrit très bien l’état d’esprit
dans lequel je me trouve en lisant votre texte :
Oui, je sais, il n y’a
rien là que vous ne sachiez déjà Monsieur Foglia. Mais parfois, il est bon de
revenir à la base.
Enfin, il reste toujours l'option de pensez que vous sachiez exactement ce que vous faites en acceptant de jouer un rôle de paratonnere. Mais devant la gravité des enjeux, actuellement, je me permet d'exprimer l'avis que c'est là une posture extrêmement puérile.
Si non, la
retraite à ce moment-ci de votre carrière me semble encore une sortie
honorable.
Jean-François Thibaud