mardi 17 avril 2012
Mélanchon
dimanche 15 avril 2012
La république des moumounes
Par hasard, en allant faire un tour chez Archambault (cette institution qui fait, sur son site Internet, la promotion de la «culture du divertissement»), je suis tombé sur le top 20 des ventes de disques pops francophones. Ce qui m’a d’abord sauté aux yeux, c’est que, sur cette liste, figure une forte proportion de filles. Moi, je suis pour le Girl Power, mais dans ce cas-ci, c’est à qui sera la plus insignifiante. Chez les gars, ce n’est pas mieux. On rivalise de moumounerie. Voici la liste exhaustive (ou presque) avec mon appréciation lapidaire et sincèrement indignée.
1-Star Académie :
Rien à redire sur le phénomène. Tout le monde le sait, c’est la puissance de la methode «saucisse Hygrade». Mais à la limite, dans le tas, et ça me coûte de le constater, c’est finalement pas loin d’être ce qu’il y’a de moins pire.
2-Mes aïeux-À l’aube du printemps
Généralement, il est de bon ton chez les musiciens de faire la moue sur ce groupe. En général, j’essaie de le défendre, principalement pour les textes qui essaient de dire quelque chose. Mais pour le peu que j’ai entendu, cet album est particulièrement…moumoune.
3-Ariane Moffat- Ma
Ayant récemment entendu plusieurs versions de « je veux tout » par de jeunes chanteuses de secondaire en spectacle, j’ai bien du me résoudre à constater que la qualité indéniable des arrangements n’arrive pas à masquer la faiblesse des textes nombrilistes et maladroits (pour ne pas dire gênants) d'Ariane Moffat. L’alternance entre français et anglais sur son nouveau disque n’aide pas à me le rendre sympathique. Personnellement, il n'y aque le premier album, réalisé par Francis Colard, qui trouve grâce à mes yeux.
4-Dumas-L’heure et l’endroit
Euh…?!!?? Avant de faire carrière en musique, le gars travaillait autrefois dans un club vidéo. Je ne comprends pas comment il se fait qu’il ait changé de métier.
5-Michel Rivard -Un trou dans les nuages
Incroyable! La réédition du plus mauvais album, de Michel Rivard est top 5 de ventes ! Rivard, c’est un des meilleurs auteurs de chansons «pour les autres» au Québec. Mais pour lui-même, il est souvent le champion de l’insignifiance. Avec ce son caractéristique et insupportable des années 80, cet album aurait dû sombrer dans l’oubli pour toujours.
6-Cœur de Pirates-Blonde
Chez les musiciens, son surnom, à cette tarte de première, c’est Cœur de Patate.
7-The lost fingers-La marquise
Je n’ai pas écouté une note de cet album. Mais on peut voir en regardant la liste de chansons à l’arrière de la pochette, que ce groupe, destiné à disparaître sous peu je l’espère, étire encore la sauce de ce concept vaseux de reprises de classiques de la pop française façon pseudo swing-manouche. Beurk !
8-Daniel Bélanger Joli Chaos
Même si il tourne un peu trop souvent autour du pot, je l'aime bien Bélanger. Mais c'est un best of....Coudonc...Ça va vraiment mal la vente de disque.
9-Ingrid St Pierre-Ma p’tite mam’zelle de ch’min
Un jour, j’ai entendu à Radio Canada qu’il y’avait une nouvelle plume à surveiller en chanson qui s’appelait Ingrid St Pierre, admiratrice de Richard Desjardins. J’en ai eu l’eau à la bouche pendant quelques jours. Puis, à la première écoute, dubitatif, je me suis dis que je devais avoir mal entendu. À la seconde écoute, j’ai conclu que, tant qu’à être aussi insignifiantes, les filles devraient se rabattre sur Lynda Lemay pour prendre exemple.
10-Corneille-Les inséparables
On parle musique de moumoune, on aura compris j’espère.
11-Avec pas d’casques-Astronomie
Voilà bien la seule chose, à date, qui manifeste de l’originalité même si le côté «à côté d’la plaque» à la Fred Fortin m’apparait un peu forcé, à première écoute. À découvrir pour moi.
12-Isabelle Boulay-Les grands espaces
Un chanteur satiriste bien connu, dont je tairai le nom, m’a déjà dit, en parlant du festival de Granby qui avait couronné Isabelle Boulay : c’est la pépinière de l’ennui. À première écoute, bien entourée comme elle sait le faire, ça sonne très bien. Mais c'est super mou pareil, pour ne pas dire plate.
13-Marie-Pierre Arthur- Aux alentours
On peut reprocher à Karkwa leur très douteuse argumentation pour justifier leur récente commandite de coca-cola, n’empêche que leur travail sur le premier disque de Marie-Pierre Arthur est magistral. Voilà bien la seule fille de la liste qui m’intéresse.
14-Cœur de pirates- Éponyme
Tiens tiens, Cœur de patate est deux fois dans le top 20. Estie d’estie…
15-Émilie Lévesque
Du Star Ac en ballade. Insupportable.
16-Gilles Vigneault -Les berceuses
Un monstre sacré qui n’a jamais publié une seule mauvaise chanson. Sauf que ça s’adonne que c’est… un disque de reprises…par des filles… qui chantent des berceuses….toujours pour illustrer mon propos…
17-Fred Pellerin-C’est un monde
Pellerin comme conteur, je suis émerveillé. Comme auteur de chansons, malgré toute ma sympathie et le concert de louange…je reste encore sur ma faim. Je trouve ça un peu gentillet et quasi-résigné.
18-Lynda Lemay-Best of
Lynda Lemay en réchauffé, de surcroit !! Hihihi !! Rien à rajouter si non qu’il est grand temps qu’Aznavour passe l’arme à gauche après nous avoir infligé sa dithyrambe libidineuse à propos de la reine du tube insignifiant post-féministe à gogo.
19-Daniel Lavoie-J’écoute la radio
La toune que j’ai écouté sur son site sonne au boutte. Pérusse signe les arrangements et les guitares sont magnifiques. Malgré tout, c’est encore un «best of» même si il est revisité.
20-Brigitte Boisjoli-Fruits Défendus
C’est du pur produit Star Académie. C’est particulièrement mauvais. Le plus admirable, c’est l’insistance maladive à déplacer systématiquement l’accent tonique sur la première syllabe comme si on était dans une autre langue que le Français. Ou comme si on était dans un rap alors que la forme pop est hyper-conventionnelle et que le texte est d’une insipidité à décrocher la mâchoire. Malgré tout, c’est peut-être ce que j’ai entendu de plus énergique.
Quand on y pense, on a beau savoir que la nation québécoise est en train de disparaître inexorablement, si l’on prenait cette liste comme polaroïd de son agonie culturelle, bien objectivement, on ne pourrait pas se raccrocher à l’espoir qu’elle laisse un héritage quelconque à la postérité. Les cajuns de l’an 2000, sur cette liste, ne figureraient même pas dans le top mille des hits des CHSLD de la Belle Province. Il vaudrait mieux se rabattre sur la sincérité et l’humilité de Patrick Normand.
Franchement, tant qu’à vivre dans cette république de moumoune, aussi bien s’assimiler tout de suite à notre conquérant anglo-saxon.
Paul Desmarais
Pour ceux que ça intéresse. Une entrevue de 2008 avec Paul Desmarais, dans l'hebdo Français, le Point, ici.
Cette année-là, cet éminent philanthrope avait d'ailleurs remporté la palme d'or du Gala du crachoir.
Cette entrevue est d'une clarté limpide.
jeudi 12 avril 2012
Citoyens ! Interdit même de rêver !
Ou la complainte de Jean Quatremerde
Ce matin (vous me connaissez, il m’arrive de me complaire dans l’abjection), j’ai écouté Médium Large avec Catherine Perrin à Radio-Canada. Pour parler de la campagne électorale française, elle recevait Jean Quatremer, un journaliste de libération. Dans son topo, extrêmement condescendant, il s’agissait de démolir Jean-Luc Mélenchon, le candidat d’ « extrême-gauche », (comme si une telle chose que l'extrême-gauche pouvait exister en 2012).
Je n’y connais pas grand-chose des détails franco-français de la campagne et encore moins du parcours de Jean Quatremer. Mais un petit tour sur Wiki nous apprend, comme on pourrait s’y attendre d’un journaliste de Libé, qu’il est un farouche défenseur de l’union Européenne et qu’il est un proche de Michel Rocard, socialiste assez centriste, pour ne pas dire socialiste de droite. Un genre de Jean-François Lisée français.
Par contre je m’intéresse à Mélenchon depuis qu’il a pris parti il y’a quelques années contre le boycott des jeux de Pékins en 2008 et les magouilles médiatiques du Robert Ménard de Reporter Sans Frontières et de ses sponsors de la National Endowment for Democracy dans ce dossier des pseudo-droits humains.Quand j’ai vu que cet homme, qui avait passé trente ans sur les banquettes du Sénat comme socialiste, était capable d’articuler une pensée critique avec verve et en plus, de s’attaquer à des dossiers aussi sensibles devant les caméras, j’ai été proprement ébahi. Au début de la présente campagne électorale, Mélenchon a réussi à fédérer, les communistes, les trotskistes, les verts. Il s’est employé à démolir systématiquement Marine Lepen, la candidate raciste d’extrême-droite, avec une très grande efficacité. Ne serais-ce que pour ce travail acharné extrêmement pédagogique pour les classes laborieuses, je me serais attendu à un minimum de sympathie de la part du journaliste de Libé.
Que Nenni ! Monsieur Quatremer s’emploie donc à diaboliser le candidat Mélenchon et «l’extrême-gauche ».
Voici quelques extraits de sa purée :
« …Héritage Stalinien… »
« Mélenchon est extrêmement violent et négatif envers les médias. »
« Mais vous ne comprenez, pas parce que vous vous avez une démocratie fonctionnelle en amérique….contrairement à la France où l’on vote pour des grandes gueules… ce sont des concours de testostérone. »
« Le programme de Mélanchon : Collectivisation de l’économie française, fermeture des frontières, sortie de facto de l’union Européenne »
« Des enfantillages…. »
« les français font du théâtre et refusent le monde tel qu’il est…. »
Il est bon de souligner que malgré un départ autour de trois pour cent dans les sondages et une diabolisation systématique dans les médias, le candidat Mélanchon obtient, en ce moment, du quatorze pour cent au premier tour.
Monsieur Quatre-mer s'indigne donc parce que les français ne sont pas "raisonnables" et refusent le monde tel qu'il est ! Ce serait trop lui demander d’admettre qu’il est justifié de s’opposer à l'économie de marché au moment où les banques sont devenues si puissantes, où les citoyens sont broyés par la dépression mondiale et où l’éco-sytème planêtaire est en train de se faire laminer par les grandes entreprises.
Ensuite Quatremer ment comme un arracheur de dent quand il dit que Mélenchon veut « de facto » se retirer de l'union européenne. Sa position est, au contraire, extrêmement favorable au maintien de l’union (probablement au prix de luttes farouches à l’interne). Par contre, pour une fois que quelqu'un propose de réformer la banque centrale afin de contourner les banques privées prédatrices pour permettre des prêts directement aux états, plutôt que de couler des pays entiers comme la Grèce, il faut passer du temps d’antenne à le discréditer de façon malhonnête!!!
Le système à deux tours français permet l'expression de l'opinion démocratique de s'exprimer, sans empêcher un vote utile au deuxième tour. Merde de merde! Le front de gauche est un allier objectif du PS et de cette lavette de Hollande! Et il faut présenter à l’auditoire québécois un Mélenchon utopiste bourgeois qui présente un programme « Stalinien » en renvoyant dos- à-dos, cette coalition de gauche hétéroclite et le front National !!!!
Combien de québécois rêvent de sortir de la logique binaire du parlementarisme brittanique uninominal à un tour extrêmement réductrice ?
Le citoyen n'est pas dupe et sait très bien qu'il se fera trahir par les sociaux-démocrates, y compris par Mélenchon, qui n’y pourra pas grand-chose. Mais au moins, le temps d'une campagne, on pourrait peut-être exposer quelques idées régulatrices pour empêcher Goldman Sachs de détruire les états-nations ?
Que nenni ! Interdit même de rêver….
Et d’entendre cette tarte de Catherine Perrin faire semblant de comprendre quelques choses à un dossier qu’elle ne connaît manifestement pas….
Personnellement, je trouve Mélenchon plutôt extrêmement poli avec les journalistes de la trempe de Jean Quatremerde et de Catherine Perrin.
vendredi 6 avril 2012
La face cachée de la hausse des frais de scolarité de Pierre Dubuc
Ils rappellent que, lorsque Robert Bourassa a procédé au début des années 1990 à un important dégel des droits de scolarité, la conséquence fut immédiate. « Les inscriptions chutèrent jusqu’en 1997. Cette décroissance se fit essentiellement sentir dans les universités francophones, qui connurent une baisse de plus de 26 000 inscriptions en cinq ans. »
L’éditorialiste André Pratte de La Presse conteste cette interprétation. Il écrit que la hausse n’aura pas d’effet sur le nombre d’étudiants inscrits dans les universités du Québec. Il en tient pour preuve que « depuis 2007, la participation aux études universitaires continue à grimper malgré l’augmentation des droits de scolarité » (La Presse, 25 février 2012).
Qui a raison? Les deux! Et l’explication se trouve dans la précision apportée par Doray et Groleau à propos des universités anglophones. « Si les universités anglophones ne furent pas autant touchées par cette décision politique de Robert Bourassa, c’est probablement en raison de leur plus fort recrutement en dehors du Québec ».
Aujourd’hui, les universités francophones sont partie prenante, elles aussi, de l’« industrie des étudiants étrangers » et il y a fort à parier qu’elles vont remplacer les étudiants québécois, écartés par des droits de scolarité trop élevés, par des étudiants recrutés à l’étranger.
L’industrie des étudiants étrangers
La présence d’étudiants étrangers dans nos institutions d’enseignement est évidemment source d’enrichissement culturel. Au niveau collégial, elle permet même dans des régions éloignées des grands centres de compléter des programmes en compensant la diminution du nombre d’étudiants québécois, conséquence d’un faible taux de natalité et de l’exode des jeunes vers les villes.
Mais ce n’est pas de cet enrichissement dont il est question ici. À l’ère de la mondialisation, nos universités n’auraient, comme se plaisent à le répéter leurs recteurs, d’autre choix que de se placer en concurrence avec les autres universités de la planète. Le recrutement d’étudiants étrangers devient alors un enjeu fondamental.
D’ailleurs, lors des consultations pré-budgétaires, la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a mis de l’avant comme deuxième recommandation l’objectif d’« accroître les ressources pour attirer les étudiants étrangers ». Le maintien du cap sur le refinancement des universités était évidemment la première.
L’industrie des étudiants étrangers est un phénomène mondial en pleine expansion. Elle est la troisième industrie de l’Australie. L’an dernier, le gouvernement McGuinty de l’Ontario l’envisageait comme un moyen privilégié pour réduire le déficit de la province. Il avait fixé comme objectif d’augmenter de 50% le nombre d’inscriptions d’étudiants étrangers dans les collèges et les universités de la province au cours des cinq prochaines années.
Des articles du Globe and Mail expliquaient alors qu’au-delà des droits de scolarité, il fallait tenir compte des retombées économiques de la simple présence de ces étudiants en sol ontarien. C’était particulièrement important, selon le Globe, dans le cas des étudiants et des étudiantes des riches Émirats qui s’amenaient avec plusieurs membres de leur famille, et même des chaperons pour les jeunes filles!
Selon le ministère de l’Éducation du Québec, il y avait, au niveau mondial, en 2008, 3,3 millions d’étudiants scolarisés dans des pays dont ils ne sont pas ressortissants. Une hausse de 154% sur une période de cinq ans.
Au Québec, la hausse était comparable et le nombre d’étudiants étrangers dans le réseau universitaire est passé, au cours de la même période de cinq ans se terminant en 2008, de 9 135 à 22 512, pour une hausse de 146%, une croissance plus rapide que celle du nombre total d’étudiants. La hausse s’est poursuivie par la suite pour atteindre 26 191 en 2010. Aujourd’hui, dans nos universités, près d’un étudiant sur dix est originaire de l’étranger.
Le modèle : les universités anglophones
La répartition des étudiants internationaux est inégale entre les universités québécoises. Les trois universités anglophones s’accaparent de la part du lion avec 41,2% du total, même si les anglophones ne représentent que 8,3% de la population du Québec.
Le partage est la suivant : Bishop’s (1,1%), Concordia (15,3%) et McGill (24,8%). Signalons, au passage, que la moitié des étudiants de McGill proviennent de l’extérieur du Québec, soit environ 25% du Canada anglais et un autre 25% de l’extérieur du pays.
Du côté francophone, l’Université de Montréal arrive en tête avec 13,2% de l’ensemble des étudiants internationaux, soit près de la moitié moins que McGill.
La disproportion du recrutement entre les universités anglophones et francophones explique l’engouement des universités francophones à offrir des cours en anglais, comme on l’a vu récemment aux HEC. On se rappellera également qu’en 2009, l'Université du Québec à Montréal (UQAM) avait décidé d’offrir six cours en anglais dans le but avoué de recruter des étudiants étrangers.
Mondialisation oblige, le bassin d’étudiants internationaux désirant suivre des cours en anglais est beaucoup plus important que celui d’étudiants désireux de s’inscrire à des cours en français. À titre d’indication, mentionnons qu’environ 160 000 Indiens poursuivent leurs études à l'étranger chaque année.
Une source de revenus importante
Pour les universités, les étudiants internationaux sont beaucoup plus « payants » que les étudiants québécois. Au Québec, la facture présentée aux étudiants étrangers se décline comme suit : les droits de scolarité imposés aux étudiants québécois, auxquels s’ajoutent les frais institutionnels obligatoires (621 $ en moyenne en 2010-2011), plus un montant forfaitaire par crédit (de 375 à 427$).
De plus, les universités sont autorisées à charger un supplément pouvant atteindre jusqu’à 10% du montant forfaitaire et les frais sont tout simplement déréglementés pour six familles de programme (administration, informatique, génie, droit, mathématique et sciences pures). Plus de 45% des étudiants internationaux sont inscrits dans ces programmes déréglementés.
Les droits universitaires exigés des étudiants étrangers est d’environ sept fois supérieur à ceux payés par les étudiants québécois.
Le cas des étudiants français
On aurait tendance à présumer que les universités francophones se tournent tout naturellement vers le bassin d’étudiants étrangers de langue française. On constate effectivement que les étudiants en provenance de la France formaient en 2010 le tiers (33,6 %) des étudiants étrangers au Québec.
Cependant, les étudiants français rapportent peu de sous. En vertu d’une entente signée avec la France en 1978, les étudiants titulaires d’un passeport français sont exemptés des droits de scolarité.
De plus, ils ne fréquentent pas tous des établissements scolaires francophones. Loin de là! Il y a quelques années, un reportage de Radio-Canada nous apprenait qu’environ 15% d’entre eux sont inscrits dans une des trois universités anglophones!
Une véritable aubaine! Plutôt que de s’inscrire à un coût exorbitant dans une université américaine, ils viennent étudier gratuitement au Québec dans une université anglophone pour « parfaire leur anglais » à nos frais!
Et dire que l’entente de 1978 avec la France avait pour objectif déclaré de « consolider le fait français au Québec »! Ajoutons, pour montrer comment cette entente a été détournée de son objectif, qu’il y a plus d’étudiants français dans les universités anglophones du Québec qu’il y a d’étudiants québécois en France!
Enfin, le Québec a des ententes avec une quarantaine de pays qui bénéficient d’exemptions (quotas) – avec un nombre maximal par pays – du montant forfaitaire réclamé en plus des droits de scolarité exigés des étudiants québécois, pour un total de 1324 étudiants.
Concurrence entre les provinces
L’industrie des étudiants internationaux est appelé à prendre une grande expansion au cours des prochaines années. Dans un récent article du Globe and Mail (24 mars 2012), on rapportait que le gouvernement brésilien projette l’envoi de plus de 100 000 étudiants à l’étranger. Le Canada en accueillerait 12 000 dans ses universités. (Il y aurait présentement moins de 500 étudiants brésiliens au Canada.)
Cette initiative est accueillie avec enthousiasme par le gouvernement Harper qui prône le développement de liens plus étroits entre le Canada et les pays du BRIC (Brésil, Russie, Indes et Chine).
Le gouvernement brésilien a posé comme condition que les étudiants paient les droits de scolarité prévus pour les étudiants canadiens et non pas ceux, beaucoup plus élevés, qu’on demande aux étudiants étrangers.
La question était donc posée : qui va payer la différence? Comme ni les universités, ni les gouvernements provinciaux, ni le gouvernement fédéral ne semblaient disposer à acquitter le montant de cette différence, le gouvernement brésilien a finalement accepté de le faire, mais uniquement pour les étudiants au premier cycle.
Il y a plus d’étudiants au premier cycle (63%), mais la proportion d’étudiants étrangers augmente avec les cycles. Elle était en 2009 de 7,5% au premier cycle, de 11,7% au deuxième cycle et 22,4% au troisième cycle.
Selon le journaliste du Globe and Mail, il y aurait présentement des négociations avec le Brésil pour les droits de scolarité des étudiants à la maîtrise et au doctorat et quatre universités canadiennes, non identifiées dans l’article, auraient déjà offerts des rabais.
La concurrence entre les universités, mais également entre les provinces canadiennes, risque d’être féroce. Le 26 octobre dernier, le gouvernement du Manitoba a annoncé que les quelque 6 000 étudiants étrangers de la province n’auront plus à souscrire à une assurance privée pour être soignés dans la province. Le Manitoba deviendra alors la quatrième province à offrir ces soins de santé aux étudiants internationaux après la Saskatchewan, Terre-Neuve et la Colombie-Britannique.
Au Québec, les étudiants internationaux sont tenus d’être couverts par une assurance-maladie privée dont ils doivent assumer les frais d’adhésion. Ceux-ci s’élevaient entre 578 $ et 792 $ en 2009. Par contre, les étudiants français sont couverts par la RAMQ, toujours en vertu de l’entente signée avec la France.
La marchandisation de l’éducation
La mondialisation néolibérale corrompt tout ce qui entre dans son giron. Historiquement source de progrès, le commerce international varlope aujourd’hui les particularités nationales en les soumettant aux diktats du marché. Le commerce des étudiants suit la même logique.
Si l’échange d’étudiants entre les pays a toujours été source d’enrichissement mutuel, sa marchandisation en pervertit la nature. Rien de plus normal, dans ce marché, que des pays « exportateurs » d’étudiants, comme le Brésil, négocient à la baisse les droits de scolarité de leurs ressortissants et que des pays « importateurs », comme le Canada, haussent les droits de leur clientèle captive.
Le marché des étudiants étrangers devient plus important que la scolarisation de la population nationale. Les intérêts purement mercantiles l’emportent. Et ces intérêts favorisent les universités anglophones et commandent de faire une plus grande place à l’anglais dans les universités francophones.
Le recrutement d’étudiants étrangers gagne progressivement les cégeps. Cependant, les caractéristiques atypiques de cette institution par rapport au modèle anglo-saxon les désavantage. Aussi, doit-on s’attendre, au cours des prochaines années, à d’énormes pressions pour leur abolition. Déjà, François Legault de la CAQ s’est prononcé en ce sens.
L’industrie des étudiants étrangers risque de bouleverser de fond en comble notre système d’éducation. Il mérite qu’on s’y attarde et qu’on en prenne la pleine mesure.
