La semaine dernière, dans une interview à Radio- Canada à medium large, la sociologue Régine Robin de l'UQAM défendait son livre "nous autres, les autres"
Pour faire un raccourci malhonnête, à cause du regard qu'elle sent posée sur elle à cause de son accent français, la chère dame ne se sent pas chez elle au Québec malgré qu'elle y réside depuis trente ans. Il faut dire qu’elle ne se sent pas chez elle, particulièrement, dans les « cercles intellectuels nationalistes », pour peu qu’il existe encore de tels cercles.
Ce membre en règle de la société royale du Canada se propose donc d’en découdre courageusement avec « le consensus » maintenant qu’il a volé en éclats. C’est Robert Lévesque, de chez Boréal, qui a eu la brillante idée de confier la direction d’une série d’essais sur l’identité à l’éminente sociologue, pour « sortir des sentiers battus ».
Voilà donc Régine Robin qui passe au batte le "nationaliste identitaire" québécois. Celui qui rouspète quand les nécrophages s’agitent autour du cadavre froid de la souveraineté nationale. La chère dame se scandalise de l’accueil tumultueux qu’ont reçu les recommandations de la commission Bouchard-Taylor et son balayage sous le tapis par le gouvernement Charest. Le multi-culturalisme militant de Charles Taylor n’est pas encore allé assez loin à travers la charte des droits et libertés canadienne! Il faudrait que le gouvernement québécois s’en fasse le promoteur zélé !
Puis c’est au tour de l’affaire Michael Jean . Lors de la nomination de l’ex speakerine de Radio-Cadenas comme gouverneure-générale, l’écrivain, Victor-Lévis Beaulieu l’avait dépeinte sous les traits d’une reine-nègre. Oh scandale ! La rectitude politique empêcherait le pamphlétaire de récupérer l’expression roi-nègre qui décrit la fonction d’esclave désigné par le colonialiste pour asservir la tribu en son nom. Pourtant, c'est exactement le rôle qu'a décidé d'endosser Michael Jean en acceptant ce poste.
Dans ce triste épisode, les circonstances sont importantes. Madame Jean n’était pas seulement une présentatrice de nouvelle sans histoire. Elle était la conjointe de Jean-Daniel Laffond, intellectuel de gauche indépendantiste dans les années soixante-dix, quatre-vingt. Devant le tollé soulevé au Canada anglais par les révélations sur son passé, le gouvernement fédéral avait exigé que la nouvelle gouverneure générale déclare n’avoir jamais eu la moindre velléité indépendantiste au mépris de la vérité la plus élémentaire. Du pur révisionnisme fédéraliste.
Nul ne conteste le droit démocratique de madame Jean et de son prince consort de changer d’idée et de camp, que ce choix soit motivé par le dévouement à la cause des noirs, des femmes, des handicapés et de tous les canadiens coast to coast ou simplement par un pur opportunisme carriériste.
On se serait attendu, en contrepartie, qu’on ne conteste pas le droit des intellectuels nationalistes d’attaquer leurs ennemis quand ces derniers mentent publiquement comme des arracheurs de dents.
Mais Madame Robin, au contraire, en a contre l’absence de réplique à ses malheureuses "dérives". À l’entendre, face aux souverainistes ulcérés, les répliques tièdes ne venaient que des poules mouillées, y compris celle des représentants de la communauté noire, comme Dany Laferrière, qui, pris entre deux chaises, (comme c’était le but de la manœuvre) n’ont pourtant pas eu le choix que de prendre parti pour la gouverneure générale.
En début d’interview, la sociologue a qualifié le gouvernement Harper d’exécrable, en insistant sur le fait que la question identitaire québécoise est sans rapport avec la nature du régime fédéral actuel. Admettons qu’elle n’a pas tort, quoiqu’il y aurait matière à débat. La question lancinante que cela implique est que l’engagement citoyen, au-delà du nationalisme québécois en déclin, doit passer par les institutions canadiennes.
Un épisode du mandat de la représentante de la reine démontre pourtant, de manière éloquente me semble-t-il, la justesse d’un sain scepticisme face à toutes tentatives de réforme à l’intérieur de ces institutions. Lorsque Stephen Harper décida de proroger la chambre alors qu’une coalition se dessinait entre les libéraux, les bloquistes et les néo-démocrates pour renverser son gouvernement de plus en plus autoritaire, que fit la gouverneure générale, qui avait pourtant légalement la légitimité constitutionnelle (quoique pratiquement jamais utilisée) pour interdir ce coup de force ? Comme il fallait s’y attendre, elle ne fit rien. Stephen Harper prorogea la chambre. Désormais à la tête d’un gouvernement conservateur majoritaire, élu avec une minorité de voix, cet autocrate dirige le pays d’une main de fer, et ce, malgré que les québécois aient sacrifié leur véhicule politique privilégié jusqu’alors, le Bloc Québécois.
Aussi intéressantes que soient les recherches en sociologie même quand elles sont teintées de relativisme à la sauce « cultural-studies » post-colonialiste, Michael Jean demeure une traîtresse opportuniste.
Quant à Régine Robin, elle pourra sûrement conforter son opinion en accusant les intellectuels souverainistes « radicaux» d’être la cause de l’irrationalité identitaire qui me manquera pas de s’emparer du peuple québécois dans les prochaines années, confronté, comme il le sera de plus en plus, à l’incapacité de déterminer son propre destin collectif. Les récents débordements absurdes concernant l’utilisation du sapin de noël dans l’espace public ou la nomination d’un « coach » unilingue anglophone à la tête du club de hockey canadien ne sont, j’en ai bien peur, que les inquiétantes prémisses d’une telle irrationalité.
Pour moi, c’est au contraire, Régine Robin, avec sa croisade anti-nationaliste et multi-culturaliste tout azimut, qui contribue le plus, comme plusieurs de ses éminents collègues, à jeter de l’huile sur le feu qui couve.
Joyeux sapin à tous !
