mercredi 27 avril 2011

Euphorie de la défaite

Les Canadiens de Montréal viennent de s'incliner en prolongation devant les Big Bad Bruins de Boston après un match absolument magnifique. Une des belles séries qui m'ait été donné de voir dans ma vie, de la part d'une équipe à moitié blessée, totalement déclassée sur papier, qui a joué avec énormément de coeur. Mention spéciale au superbe franc tireur, italo-judeo-canadien Camalleri, à notre amérindien flegmatique Carey Price dans les buts, au pétillant et enlevant jamaïco-canadien P.K. Suban, et au humble tchèque Plekanec.

Ironie du sort, plusieurs équipes qui accèdent en deuxième ronde ont des héros québécois francophone: les Bruins avec Bergeron, les Flyers avec Brière. Tandis que les Pengouins avec Talbot et Fleury ou le lightning avec St Louis, Lecavalier et Gagné se battent ce soir pour y accéder, le jeune Alexandre Burrows de Pincourt, a fait l'histoire, hier à Vancouver, en marquant les deux buts de la victoire de 2 à 1, dont le but vainqueur en prolongation, stoppant ainsi une remontée spectaculaires de trois matchs des champions en titre de de l'an passée, les méchants Black Hawks de Chicago.

Drôle d'évolution sociologique quand même la composition des équipes de la ligue nationales et du Canadien de Montréal.

Les québécois francophones comme Brière refusent de jouer pour le canadien dans leur province d'origines par peur de la pression, alors que les ontariens Suban et Camalleri sont des fans finis de cette équipe mythique depuis leur tendre enfance. Ils ne parlent pas un mot de français, ils perdent et je les adore pareil.

Il faut dire que de voir une équipe perdre avec autant de panache, c'est magnifiquement inspirant.

Ça rappelle Gaston Miron: de défaites en défaites jusqu'à la victoire finale.


mardi 26 avril 2011

On l'arrête pas l'progrès

Incorrigible. Je suis.

Comme j'ai décidé de ne pas voter, j'observe la campagne électorale fédérale de ci de là avec un brin de cynisme bienveillant qui me crée moins de tensions dans "la région du bas du corps" que les deux dernières défaites du Canadien de Montréal. C'est un progrès considérable pour moi de pouvoir rigoler de la plongée du Bloc Q uébécois dans les sondages qui mènent le NPD vers la deuxième place tant convoitée. Zen je vous dis. Même devant la montée inéluctable de l'extrême-droite.

Mais malgré cette paix intérieure salvatrice, certains truc m'égratignent toujours le cerveau.

Comme ce topo de ce matin à Radio Can sur un certain Matt Ridley qui vient de publier un bouquin: The rational optimist. Le quidam s'attaquent aux prophéties pessimistes récurrentes qui ont annoncées des catastrophes majeures qui ne se sont pas matérialisées, comme l'hypothétique réduction de la population mondiale à cause des problèmes de pollution et de malnutrition. Pour prouver que tout va bien donc, il reprend les arguments classiques qui m'exaspèrent: l'espérance de vie a augmenté partout, la démocratie se répand etc etc..Bon. Ça me gosse. Je n'y crois pas une seconde, mais finalement, les rationalistes, ils ont peut-être raison et c'est moi qui suis dans la grande noirceur irrationnelle.

Arrivé chez moi, j'essaie de faire mes devoirs pour comprendre: c'est où donc, que j'me trompes ? Ne suis-je pas aveuglé par un désespoir que je crois lucide ?Je tapes le nom de Matt Ridley et j'apprends qu'en plus d'avoir un doctorat en philosophie de la zoologie à Oxford, il a été chairman à la Northern Rock. Ça commence bien...En allant au hasard sur un de ses articles, on y lit ceci:

Most of the great industrial robber barons got rich by making things cheaper. Andrew Carnegie cut the price of a steel rail by 75 per cent in 30 years between 1870 and 1900; John D Rockefeller slashed the price of oil by 80 per cent over the same period. Henry Ford’s first Model T sold for $825. Four years later he’d cut the price to $575.

It’s still happening today. Wal-Mart, Aldi and Ryanair won their market shares by ruthlessly charging us viciously lower prices. And here lies a cause for optimism in the midst of this recession. Even though jobs are being lost, houses repossessed and firms bankrupted, the underlying deflation caused by innovation is still going on – indeed, on the web, it’s accelerating. All over the internet, people are dreaming up ways of making things available to you more cheaply, more conveniently, more copiously and more quickly. That is what will cause prosperity to return one day.

Geu,.... ????..... Y'a des Darwinistes sociaux qui obtiennent des doctorats en zoologie à Oxford encore aujourd'hui.... et qui font les choux-gras des chroniqueurs de Radio-Can!!!!!! Mon cerveau reptilien se rétracte et je pense fort fort fort à Bouddha pour tenter de m'en sortir. Ostie de tabarnak de colisses de calvaire.....

Si je poursuis, sur une note de moins en moins zen, y'a cette nouvelle qui a fait la manchette la semaine passée à propos de la méchante armée de Khadafi qui "aurait" utiliser contre des "civils", au moins une bombe à sous-munitions, arme proscrite par la convention de Genève . Il est vrai qu'il faut avoir vraiment l'esprit tordu pour ne pas admettre les bienfaits de l'avancement de la civilisation qui peut se targuer de fonder son arbitrage des conflits entre nations sur des principes humanistes.

Évidemment, telle que mentionné par Manlio Dinucci dans Mondialisation, l'arrivée des drones américains dans le conflit, les Predator/Reaper, illustre parfaitement la fidélité de l'occident à la lettre si non à l'esprit de cette convention de Genève.

En Libye, a spécifié le général James Cartwright dans la conférence de presse de Gates au Pentagone- les forces loyales à Kadhafi circulent à l’intérieur de zones habitées pour ne pas être la cible des avions OTAN. C’est pour cela que sont maintenant utilisés les Predator, « avions qui ont des capacités uniques, adaptées aux zones urbaines où par contre les bombardements traditionnels peuvent causer des dommages collatéraux ». Le général n’a cependant pas expliqué comment on peut éviter des « dommages collatéraux » en lançant, avec des Predator/Reaper, des missiles Hellfire, dont les têtes sont de trois types : antichar, explosive à fragmentation et thermobarique.

La tête thermobarique Agm-114N Metal Augmented Charge, utilisée pour la première fois en Irak en 2005, quand elle frappe l’objectif répand un nuage de poussière d’aluminium qui provoque une seconde explosion. Celle-ci produit une pression telle qu’elle crée un vide d’air, provoquant la mort par asphyxie de ceux qui se trouvent dans la zone, même à l’intérieur d’édifices ou de refuges. L’organisation Human Rights Watch la définit comme une arme « particulièrement brutale », car « elle rend pratiquement impossible pour les civils de trouver un refuge ». C’est ainsi qu’est réalisé l’objectif fondamental énoncé dans la résolution du Conseil de sécurité : la « protection des civils ».

Ah, oui, je vous ai dit que les quatre partis qui se présentent aux élections fédérales canadienne appuient sans réserves les bombardements humanitaires en Lybie pour protéger les civils ?

On l'arrête pas l'progrès, qu'y faut donc se répéter, jusqu'à s'en convaincre.

Mais je désespère pas d'y arriver.

Je suis en pleine auto-critique.


samedi 23 avril 2011

Richard Desjardins-Développement durable

Le Desjardins nouveau est arrivé. Encore une fois tellement pertinent qu'il nous ôte tous les mots d'la bouche....

Développement durable – Richard Desjardins

À pèche, j’me su pardu dans les ch’mins d’compagnie

Pas in arb’à parte de vue, belle job que j’me suis dit

Fallait qu’j’me sorte de d’là, j’ai appelé la SEPAC

J’avais du temps d’vant moé fa qu’j’ai vidé un lac


Késsé que j’voé ? l’indien, pas d’bonne humeur pantoutte

A’ec les oreilles dans l’crin, y m’dit tu détruit toutte

Quand même qu’ça s’rait d’ma faute, qu’est c’est qu’tu veux qu’ça m’fasse

Si c’est pas moé c’t’un aut’ qui va l’faire à ma place


Moé tou, j’n’ai des enfants, j’leu’ laissent des beaux restants

Pi si sont pas contents, leu reste l’Agonistan

Pi toé, toujours vivant, dis-toé qu’c’est mieux que rien

Pi si t’es pas content, r’tournes donc d’où c’es qu’tu viens


J’pille, j’pille, j’pille, bin corec’, bin correc’

J’pile, j’pile, j’pile, ché pu quoi faire avec


Moé j’en voé pas d’problèmes, ski doo, sea-doo, quat’roues

Chu dans l’club des bin d’mêmes, des fiume pi bin d’la broue

C’est pas dans mes talents d’expliquer l’existence

Un cerveau à deux temps, ça pense pas, ça dépense


Chu fier d’êt ignorant, pi ça c’t’un droit acquis

Pas besoin d’êt’ savant quand t’as une carte de crédit

En fait moé j’ai deux bacs, un bac vert , un bac bleu

Un pour les faces à claque, dans l’aut’ j’ma les quêteux


Pi laisses- moé pas tu seul avec un écolo

Une coupe de claque s’a yeule pi ça va faire d’l’écho

Y toff’ra pas une ronde avec ses beaux discours

Y voudrait sauver l’monde, y va s’sauver tout court


J’pille, j’pille, j’pille, bin corec’, bin correc’

J’pile, j’pile, j’pile, ché pu quoi faire avec

Le développement durab’ c’est pour ma grosse bedaine

Pi chu même pu capab de m’voir le boutte d’la graine

Chu dans l’pâte et papier bin assis su mon cul

Pi y’en a rien à chier le coff’ d’la FTQ

samedi 9 avril 2011

Imagines, Sophocles !

Depuis quelques temps, j'essaie de me sevrer du grand théâtre, cette mauvaise pièce permanente telle que décrite par Guy Debord et dans laquelle nous sommes conviés à jouer, chaque jours, notre vie.

J'ai commencé par ne plus ouvrir la radio matinale et me désabonner d'un quotidien quelconque auquel j'avais tenter de trouver des vertus objectives. Comme je passe beaucoup de temps en voiture pour mon métier, j'essaie d'attraper le topo de cinq minutes des nouvelles à Radio-Canada histoire de mesurer l'étendu de la propagande et parfois, exfiltré une information substantielle.

La radio francophone musicale en général a atteint un tel degré de mièvrerie, mis à part l'exceptionnel Alain Lefebvre, que c'est la CBC qui parfois me réconforte un peu, lorsqu'il n'y a rien à CIBL ou que la radio classique se contente des musiques de chambre peu inspirée pour la bourgeoisie du XVIII ème siècle.

Il y'a aussi bien sûr bien sûr, la solution des CDs. Un copain m'a passé récemment presque tout Van Morrison et presque tout Leonard Cohen. Le premier passe très bien le road test. Le second, me demande plus d'attention et parfois m'empêche de me concentrer sur la route.

Reste enfin la possibilité d'écouter le silence avec le bruit du moteur sur la grand-route. Mais à 10 km h dans un bouchon, c'est nettement plus difficile.

C'est justement dans un bouchon sur la quarante que j'ai entendu la directrice du Théâtre du Nouveau Monde, Lorraine Pintal annoncer en prime-time news, qu'ayant été très sensible aux nombreux courriers et témoignages indignés relié à l'affaire Cantat, elle se voyait dans l'obligation d'interdire la présence du célèbre chanteur de rock n roll meurtrier dans le cycle de Sophocle présenté par Wajdi Mouawad en 2012.

Y'a pas à dire. On a le sens des priorités dans le scénario théâtral social. Comme on est en pleine campagne électorale, cet après-midi-là, on ne parlera ni du bombardement des civils lybiens par l'Otan, ni de la fuite de matières hautement radio-actives dans l'océan près de la centrale Fukushima.

Toute la semaine, les considérations morales ce seront fait entendre sur les ondes et dans la rue, le consensus unanime des politiciens, des commentateurs et du citoyen-lambda, ne laissant place qu'à un jugement lapidaire sur le Charles Manson de France.

Sur le travail de Mouhawad, sur les cycles de violences dans la société, sur le pardon et la rédemption, pas un mot. Chacun étant trop occupé à se positionner sur ce dossier prioritaire soit à droite, pour affirmer son conservatisme de screw triomphant, soit à gauche, pour sauver sa job, s'en tenir au légalisme strict et ramper comme une lavette en défendant le droit des québécois d'obtenir des retombées économiques des futurs contrats de F 35 de Lockhead Martin. Inexistant: le débat sur le fait que le montant alloué projeté pour l'entretient d'un seul de ces avions, à peine encore dessiné, serait à même de nourrir les familles dans le besoin au Québec pour des décennies. Tout aussi inexistant: le questionnement sur les motifs des bombardements humanitaires de l'ONU sur des civils libyens avec des missiles à l'uranium appauvri pour secourir des troupes d'Al Quaida entrainés par la CIA.

Dernièrement, Stephen Harper s'est amusé à diffuser un vidéo sur You Tube, où on le voit, avec une petite philippine en arrière plan, exécutant au piano et chantant la chanson de John Lennon, Imagine.

C'est ce même Harper qui au dernier débat des chefs disait avec sa franchise ironique, à glacer le sang, que la crise économique de 2008 allait donner des opportunités d'affaires, ce même Harper, cheerleaders assumés de l'OTAN, de la militarisation du monde, de l'exploitation effrénée des sables bitumineux, de la privatisation de l'état et de l'abandon des politiques de soutien à la culture, ce même Harper, qui a dépensé un milliard en sécurité pour le sommet du G8, ordonnant à la GRC d'infiltrer à coup d'agents provovateurs et de casseurs tous les groupes de gauches et à la police de Toronto de battre des records d'arrestations arbitraires.

C'est lui qui chante Imagine sur You Tube.

Quant à moi, le sommet du cynisme, de l'inculture et du sacrilège est atteint depuis le pillage des musées de Bagdad par les Marines. Mais ce dernier épisode est de la même eau.

Et parmi la foule des abrutis qui lapident Cantat et Mouhawad, la majeure partie iront voter pour Stephen Harper sans lui demander des comptes. Les autres pourront toujours gémir qu'ils n'obtiennent pas les retombées des contrats de F35 dans leur circonscription, désormais, je les conchient tous autant qu'ils sont avec leur démocratie à la noix, leurs grands accomplissements civilisationnels et leurs valeurs morales de screw de banlieue.

Je sors de la pièce définitivement. Je préfère encore Bertrand Cantat avec toute sa souffrance coupable et sa bêtise meurtrière de drogué défoncé que cette morale du génocide propret à l'uranium appauvri, que cette foule de lapideurs en règle qui n'ose même pas se regarder en face dans les miroir des boudoirs de ce grand théâtre absurde tellement décadent que même Alfred Jarry aurait du mal, aujourd'hui, à le décrire en langue française.

Chers concitoyens, chers électeurs, ce n'est pas l'imagination que vous avez portée au pouvoir, mais le fascisme ordinaire.

Oh ! Elle a fière allure la civilisation.... Quel progrès prodigieux depuis Sophocles !