vendredi 25 février 2011

Anne Archet et le Journal de Montréal

En ces temps de totalitarisme de la pensée néo-impérialiste et pour ceux qui s'intéressent à autres choses que les écrits de Richard Martineau, il existe des alternatives.

Moi, j'ai jeté, un coup d'oeuil, il y'a quelques temps, sur le blogue d' Anne Archet, que signalait Éric McComber sur Roule Rosie Roule. Et puis j'ai remarqué une intervention qu'elle avait faite sur le blogue de Normand Baillargeon, alors qu'elle remettait en question un certain dogmatisme pro Chomsky. Il est amusant de constater à ce propos que, peu de temps après, et, suite à des échanges musclés avec d'autres bloggers (je vous laisse deviner lesquels), Baillargeon a fermé son blogue. Comme quoi, même chez les anarcho-syndicalistes, on tolère si peu la dissidence et on chie tellement dans ses culottes, qu'on préfère se rabattre sur des petits contrats chez les sceptiques du Québec ou au Devoir plutôt que d'entrer à bras le corps dans des débats d'idées.

Si vous allez faire un tour chez Archet, je vous suggère fortement les écrits critiques sur la démocratie et l'anarchisme qui se trouvent dans l'onglet au titre rigolo de "gestion de la colère". Si non, pour ceux qui ont envie de se bidonner (ou de s'émoustiller), ses écrits érotiques sont assez réussis.

On pourrait se demander comment un falardien nationaliste enragé comme moi peut s'intéresser autant à l'anarchie...Et bin, honnêtement, j'ai pas de réponse bien claire pour le moment. Si ce n'est que je ressens un raz-le-bol généralisé sur le discours ambiant pro-esclavage volontaire en ces temps de grande dépression qui n'ose même pas dire son nom.

En attendant, pour poursuivre sur ma montée de lait anti Journal de Montréal de cette semaine, je vous laisse avec ce texte de cette auteure à la plume acérée, qui mériterait, à mon humble avis, une attention spéciale de la la part de la culture culturelle québécoise. Mais faute de mieux, vous pouvez toujours vous rabattre sur Marie-France Bazzo et Mario Dumont au 98,5.

J’étais une crackpot de droite (et j’ai la photo pour le prouver)

Vendredi 19 mars 2010

Il y a trois ans, j’avais créé pour m’amuser un personnage nommé Léo Forget. Pour être bien franche, c’était en partie une création de Zhom, du Jour des vidanges, car c’est lui qui avait trouvé le nom — il avait rêvé que j’étais en réalité un homme qui portait ce patronyme. Mon Léo était plombier et pompier volontaire à Thurso, avait une femme prénommée Manon et un Hummer qu’il adorait faire reluire le samedi. Surtout, Léo se plaisait à donner son opinion sur l’actualité, sur un ton qui se voulait parodique et féroce envers les commentateurs populistes de droite qui encombrent tous les grands médias.

Pendant quelques mois, j’eus un plaisir fou à jouer, sur un mode ironique, au gros facho raciste et réactionnaire. C’était si facile de s’indigner pour des futilités, si facile de trouver des complots partout, si facile d’expliquer tous les maux de la société par la perversité de quelques boucs émissaires, que je me surprenais à éprouver du plaisir en écrivant, moi qui d’habitude n’accouche de mes textes que dans la douleur.

Jusqu’à ce que je me rende compte qu’on me prenait au sérieux.

Je me suis mise à recevoir des courriels étranges de plusieurs personnes qui selon toute vraisemblance ne se connaissaient pas et qui me disaient en substance « bravo Léo, nous sommes d’accord avec toi, enfin quelqu’un qui ose dire la vérité, et patati et patata ». J’avais beau mettre le paquet, adopter le style du parfait demeuré, aller à fond dans l’absurde et devenir parfaitement odieuse, je ne recevais que des éloges et des encouragements. Je relus alors l’œuvre complète de Léo et je dus me rendre à l’évidence : ce qu’il racontait ne jurait absolument pas dans le paysage médiatique actuel. Avec son vocabulaire de cinq cents mots, ses sophismes gros comme sa bedaine de bière et ses raisonnements d’arriéré mental, il était parfaitement en phase avec tous les autres opinieux qu’on retrouve partout.

Horrifiée, j’ai alors tué Léo, puis je l’ai démembré et caché dans le congélateur de son bungalow de Thurso.

Mercredi dernier, suite à la lecture du Journal de Montréal (mea maxima culpa, mais j’avais une excuse : c’est tout ce qui avait à lire dans la salle d’attente de la clinique où j’étais allée pour une prise de sang), le fantôme de Léo est soudainement revenu me hanter et, plongée dans une transe médiumnique, j’ai craché le texte qui suit :

[MODE LÉO FORGET ON]

Ce matin, le Journal de Montréal a mis le doigt sur un scandale, un vrai, juteux comme je les aime et si révoltant que j’ai failli en restituer mon Œuf McMuffin avec saucisse. Qui a dit qu’on avait besoin de journalistes pour déterrer la marde qui croupit sous la neige et qui menace la salubrité de notre société? Qu’ils restent lockoutés, ces pseudo-intellos de la go-gauche interlectuelle, le Journal est aujourd’hui aussi bon — sinon meilleur — qu’avant. Il est encore épais, absorbant et fait toujours des merveilles dans la litière de mes chats qui n’ont même pas eu à bouleverser leurs habitudes et continuent à pisser voluptueusement sur le charmant minois de Nathalie Elgrably.

Toujours est-il que le Journal a révélé au monde entier le problème dont tout le monde parle depuis des mois, celui qui se trouve au cœur de tous les enjeux contemporains : les brigadiers scolaires, ces syndiqués jouissant de privilèges sans rapport avec leur productivité, ces gras-durs de profiteurs qui parfois, si on se fie à l’héroïque journaleux de Quebecor, arrivent quinze minutes en retard au travail et même (ô scandale!) attendent dans leur voiture que les enfants arrivent au coin de la rue pour les faire traverser. Quand je pense qu’on les paie le salaire mirobolant de DOUZE DOLLARS l’heure pour simplement traverser une rue! C’est tout simplement révoltant. Voilà un autre exemple du gaspillage des taxes que nous devons tous payer à la sueur de notre front! Est-ce que quelqu’un au gouvernement va finir par mettre ses culottes ou vont-ils continuer de se promener les fesses à l’air?

En vérité, je vous le dis, si ça va si mal au Québec, c’est à cause de tous ces parasites qui nous sucent la moelle et ne se donne plus la peine de recracher dans leurs mains et se mettre à travailler. Est-ce que je suis syndiqué, moi? Non monsieur! Jamais je n’embarquerais dans cette gimmick qui fait chuter la productivité de la nation. Ce qui nous manque, c’est de la discipline, surtout si on ne veut pas se faire avaler tout rond par les Chinois. Vous pensez que les brigadiers scolaires sont syndiqués, à Bégigne? Pantoute! Ils se trouvent chanceux quand ils reçoivent un bol de riz et que leur famille n’est pas fusillée parce qu’ils font partie du Falus Gong. Va falloir un jour qu’on fasse preuve de clairvoyance et qu’on devienne extra-lucides! Il faut qu’on coupe dans le gras, si on veut un jour pouvoir soigner les vieux et éviter l’Apocalypse. Les finances publiques sont à terre et ce n’est certainement pas les brigadiers qui vont les ramasser : ils sont bien trop occupés à rester assis dans leur char!

Entéka. Merci à toi, PKP, pour la qualité de l’information que tu nous offres si généreusement; continue de débusquer pour nous tous ces profiteurs qui s’en mettent plein les poches en s’imaginant que tout leur est dû et surtout empêchent les honnêtes milliardairesactionnaires travailleurs de profiter du fruit de leur labeur.

[MODE LÉO FORGET OFF]

Vous voyez? Ce texte d’opinion est si banal que la parodie est à peine décelable. J’ai beau faire de mon mieux pour ridiculiser les bouffons médiatiques, tous mes efforts sont vains car nous avons été conditionnés, tous autant que nous sommes, à trouver ce genre de truc normal et sensé.

Ce qui me scie les jambes, c’est que l’indignation du public est toujours canalisée vers ce genre de détail sans importance et jamais vers le scandale fondamental et permanent de la propriété, de l’exploitation, de la pauvreté, de la domination. Les médias sont toujours à l’affut d’un groupe à stigmatiser, un groupe facilement identifiable dont le comportement semble à première vue scandaleux, mais qui en fait ne porte pas à conséquence.

Voilà ce qu’on veut nous faire croire : la cause de notre vie frustrante, misérable et vide n’est pas celle qui semble flagrante de prime abord — c’est-à-dire devoir se plier à l’esclavage à temps partiel qu’on nomme « travail » pour avoir le privilège de survivre, voir niés ses désirs de liberté en se faisant offrir en échange la possibilité dérisoire d’acheter des cossins inutiles dont on a finalement rien à foutre. Non! La raison de notre insatisfaction serait que d’autres personnes profitent de la situation et ne se plient pas à la même discipline odieuse que nous. Ce sont donc des parasites qui refusent de travailler, de faire les mêmes sacrifices que nous et qui ont quand même accès au nirvana de la consommation. Sus aux profiteurs du système! Au poteau!

Le truc est vieux comme le monde : c’est celui du populisme de droite. Les « responsables » doivent « rendre des comptes ». Ce sont les désœuvrés, les inactifs, ceux qui contournent l’exploitation — même partiellement, même fugacement. Ce discours a l’avantage de transformer le mécontentement en haine gérable par le système en la redirigeant vers les classes inférieures de la société plutôt que vers les institutions et ceux qui les dirigent. Car les bourgeois travaillent, eux, et même beaucoup. Ils se lèvent à cinq heures du mat’ et bossent jusqu’à tard dans la nuit. Ils sont laborieux et donc vertueux. Dans ces conditions, le mal ne peut que se trouver ailleurs.

Voilà pourquoi le travail est continuellement présenté comme une valeur fondamentale et indiscutable. Car bien plus qu’à produire les moyens de subsistance, il sert à maintenir et reproduire l’oppression. Mais ça, c’est une vérité trop choquante, trop inouïe pour être même concevable par l’immense majorité de nos contemporains : remercions les idéologues médiatiques pour ce précieux service offert à ceux qui nous humilient quotidiennement.

Continuez à diriger votre haine vers vos camarades de galère; ça ne vous soulagera ni des coups de fouet ni de votre obligation de ramer, mais vous ressentirez peut-être un peu moins la brûlure de vos chaînes.


mercredi 23 février 2011

Lettre à Marcelle

Chère Marcelle

L'autre jour, nous avons eu une discussion sur Richard Martineau et le journal de Montréal de Pierre Karl Péladeau. Nous ne sommes pas d'accord sur la valeur qu'il faut leur accorder. Vous trouver Martineau pertinent et le journal de Montréal nécessaire. Je les considère tout deux comme des nuisances dangereuses pour l'avenir de mes enfants, qui sont aussi, vos petits-enfants. Chacun à droit à son opinion, mais comme je suis fatikant sur ces sujets je vous fait parvenir ce texte de Pierre Dubuc et Marc Laviolette sur le mouvement politique de Monsieur Legault qui est, comme on le sait, soutenu par Monsieur Péladeau.

Je m'adresse à la fois à la grand-mère des mes enfants mais aussi à l'ancienne militante péquiste qui à déjà été directrice de campagne sous René Lévesque.

Un jour, vous m'avez déjà dit que vous trouviez douteux de ne pas voter pour Pauline Marois lors de la course à la chefferie du PQ parceque je préférais voter pour Pierre Dubuc. Pourtant la stratégie, à ce moment, garantissait quand même l'élection de Madame Marois puisque Monsieur Dubuc assurait de rallier son vote à cette dernière en deuxième tour. À ce stade mon vote était donc un vote de proposition d'idées tout en étant stratégique. C'est à dire que si les imbéciles de droite n'avaient pas plébiscité le désastreux André Boisclair, le PQ aurait gardé le pouvoir avec Pauline Marois, car les supporters de Pierre Dubuc étaient aussi les supporters de Pauline en deuxième tour. Je vous rappelle que Boisclair a passé en deuxième tour à la chefferie mais qu'il a conduit à la quasi-disparition du PQ aux élections.

Les journalistes n'ont pas arrêter de nous rabattre les oreilles avec le fait que c'était ridicule d'avoir neuf candidats pour la chefferie. Moi je crois qu'au contraire, le haut niveau de débat à l'intérieur du PQ depuis sa fondation a contribué, jadis, en grande partie, au dynamisme de cette formation.

Par contre, lorsqu'il s'agit de se battre pour la survie du peuple québécois dans l'arène du parlementarisme britannique bi-partisan, il n'y a place a aucune nuance. C'est ce qui fait que je voterais peut-être PQ même avec un cannibale de la pire espèce comme Lucien Bouchard, bien que là, on se rapprocherait dangereusement de l'extrême-droite.

Quand on voit que Claude Legault, poussé dans l'arène par Pierre Karl Péladeau et son chantre de service, Richard Martineau, s'en vient détruire le PQ, je me demandes comment il se fait que vous ne soyez pas la première à boycotter le journal de Montréal, vous qui avez donné une partie de votre vie au mouvement souverainiste.

La gauche au sein du PQ, contrairement à ce que les médias et les gens du pouvoir économique nous racontent comme sornettes, a toujours fait toutes les concessions, à commencer par les sacrifices de Bourgault dès le départ face à un René Lévesque autocrate, qui, malgré ces immenses qualités de leaders, a fini par faire subir à son peuple, la plus cuisante défaite politique depuis la conquête lors du rapatriement de la constitution. Je crois à cet égard que tous les souverainistes devraient lire Moi je me souviens de Pierre Bourgault.

Pierre Karl Péladeau annonce clairement sa volonté de détruire l'état québécois alors que c'est ce même état, qui a permis à sa famille d'atteindre une position quasi-monopolistique, une situation incomparable en occident. Je considère quasi-criminel de le laisser faire sa propagande gratuitement dans les restaurants envers un peuple intoxiqué par les discours de l'extrême-droite économique alors que la crise de 2008 est provoquée presque entièrement par les spéculateurs boursiers et les rapaces affairistes dans son genre, qui, au nom de la saine concurrence, n'ont de cesse de détruire les syndicats et les emplois.

Personnellement, je sais bien que c'est terminé cette histoire d'auto-détermination des peuples dans le contexte de domination totale de la vie sur terre par les grandes corporations. Je n'attends que la dissolution de tout espoir de faire semblant de croire d'avoir une chance de gagner la liberté de mon peuple par les voix démocratiques avant de faire le dernier grand saut qui s'impose, c'est à dire adhérer à l'anarchie politique pure et dure et radicale: l'insurrection populaire permanente.

Mes enfants essaieront de choisir leur voix au milieu de ce que nous leur laisseront.

Bien à vous


Coalition pour l'avenir du Québec -

Legault veut créer une scission au sein du PQ

Marc Laviolette - Pierre Dubuc — Respectivement président et secrétaire du SPQ Libre; les auteurs s'expriment au nom du conseil d'administration du SPQ Libre 23 février 2011 Québec
C'est accompagné d'un banquier fédéraliste que François Legault a lancé sa Coalition pour l'avenir du Québec. Son programme: une nouvelle réforme de l'éducation, la décentralisation du réseau de la santé, la réduction de la dette du Québec, la création d'une économie de propriétaires et non de succursales et mettre de côté la question nationale.

Éducation: le modèle américain

Sa réforme de l'éducation s'inspire du modèle américain avec l'introduction de la paye au mérite. Les enseignants seraient évalués et rémunérés selon les résultats de leurs élèves. À la mise en place de la concurrence entre les enseignants, s'ajouterait une accentuation de la compétition entre les écoles, résultat d'un réseau scolaire encore plus décentralisé.

ette réforme est déjà en cours. La loi 88, adoptée récemment, a modifié la Loi sur l'instruction publique pour instaurer des «conventions de partenariat» avec les commissions scolaires qui fixent des objectifs de réussite scolaire. L'adoption récente du «bulletin unique» va bientôt permettre de comparer les résultats scolaires de chaque classe au sein de l'ensemble du réseau. Il ne restera plus qu'à moduler les salaires des enseignants en fonction de ces résultats et congédier les enseignants jugés «non performants».

Aux États-Unis, une ex-sous-ministre de l'Éducation, Mme Diane Ravitch, qui avait été responsable de la mise en place d'une réforme similaire sous George W. Bush, a récemment publié un livre, The Death and Life of the Great American School System, dans lequel elle en fait un bilan extrêmement négatif.

Évaluations à répétition, rétrécissement de l'enseignement en fonction des tests d'évaluation; négation dans l'évaluation de facteurs comme la pauvreté, la monoparentalité, la maîtrise de la langue dans le cas des minorités linguistiques; explosion des «écoles à charte» pratiquant la sélection des élèves sur le modèle de nos écoles privées; tout cela a mené, selon elle, avec l'introduction des lois du marché dans le système d'éducation, au démantèlement du réseau public et au développement d'un réseau privé, réservé à l'élite, avec comme résultat un affaiblissement général du système d'éducation américain.

Santé: le modèle britannique

François Legault propose une approche similaire en santé — décentralisation, indicateurs de performance, imputabilité — empruntée cette fois au «New Labour» de Tony Blair. Là aussi, M. Legault aurait dû profiter de sa sabbatique de la politique pour lire les bilans, tous extrêmement négatifs, pour ne pas dire catastrophiques, de cette approche.

Bien entendu, aucune mention là non plus de mesures pour contrer l'extraordinaire explosion au cours des dernières années d'un réseau privé parallèle de cliniques, de laboratoires, de centres d'hébergement. M. Legault va-t-il s'attaquer aux prix des médicaments, à la rémunération des médecins, deux des principales causes de l'augmentation des coûts du système de santé? Non, bien sûr, il va plutôt pressurer davantage les travailleuses et les travailleurs du réseau avec ses «indicateurs de performance».

Économie: le modèle néolibéral

En matière d'économie, si la présence à ses côtés de Charles Sirois est un signe de l'orientation de la nouvelle Coalition, ça promet! L'ancien président de Teleglobe était une des vedettes du monde des affaires lors de la bulle technologique des années 1990. Sa chute fut aussi spectaculaire que son ascension, avec la faillite entre 2001 et 2003 de ses quatre principales entreprises.

Aujourd'hui à la tête d'une kyrielle d'entreprises, dont Telesystem, il n'hésite pas à téter les mamelles de l'État québécois. Récemment, il a fait la manchette à l'Assemblée nationale lorsque celle-ci s'est intéressée au programme FIER (Fonds d'intervention économique régionale). Charles Sirois siégeait à trois FIERS qui ont doublé, avec des fonds publics, ses propres investissements dans ses entreprises (Anges Québec, ID Capital, iPerceptions).

Charles Sirois et François Legault nous annoncent un plan «crédible» de réduction de la dette en même temps qu'ils disent vouloir établir «un climat résolument favorable aux investisseurs privés» en revoyant «les manières d'imposer les entreprises et les individus de façon à encourager le travail, l'investissement, la productivité et l'épargne». Décodé, cela signifie qu'il veut réduire les impôts des entreprises et des mieux nantis et faire porter le fardeau fiscal sur la classe moyenne et les pauvres en recourant aux taxes à la consommation et aux tarifs.

Il n'y a pas si longtemps, M. Legault parcourait le Québec avec sa mise à jour des travaux sur le déficit fiscal pour nous expliquer que la solution aux problèmes fiscaux du Québec résidait dans l'accession à l'indépendance. Aujourd'hui, il range ses cartons constitutionnels, au grand plaisir de son acolyte, Charles Sirois, un si fervent fédéraliste qu'il a été décoré de l'Ordre du Canada et appelé à présider le conseil d'administration de la Banque canadienne impériale du commerce.

La proposition de «créer une économie de propriétaires et non de succursales» a de quoi faire sourire, venant de la bouche d'un dirigeant de la CIBC qui a été le maître d'oeuvre de la vente de l'Alcan à Rio Tinto et qui vient de se prononcer pour les investissements étrangers dans le secteur des télécommunications.

Statut politique du Québec: le modèle canadien

Quelle sera la dynamique politique de la Coalition pour l'avenir du Québec? Si la Coalition veut faire «progresser le Québec», comme elle l'affirme, son programme doit être repris par un parti politique ou elle doit elle-même se transformer en parti politique.

De toute évidence, François Legault a des ambitions plus larges que la direction de l'ADQ. De plus, la présence à ses côtés de Charles Sirois, qui a été chasseur de têtes pour le parti de Jean Charest, est garante du fait que la Coalition ne foulera pas les platebandes libérales. La cible est le Parti québécois.

Au cours des dernières années, au Parti québécois, François Legault s'était rendu compte qu'il ne pouvait rallier une majorité de membres ni à ses projets, ni à ses modèles économiques, ni à son leadership.

Lors d'un Conseil national, tenu alors qu'André Boisclair dirigeait le parti, les délégués n'avaient pas retenu ses objections, développées au micro, et avaient voté à une majorité des deux tiers pour la nationalisation de l'éolien. Sans doute à cause de cette rebuffade, sa proposition de privatisation d'Hydro-Québec était restée l'objet de discussions privées. De plus, faut-il rappeler que le modèle fiscal et économique qu'il proposait pour le Québec était l'Irlande!

Au moment où les membres du Parti québécois se prononcent dans les congrès régionaux pour une radicalisation du discours linguistique et social, au moment où la population du Québec prend acte du désintérêt croissant des partis fédéraux pour le Québec, par suite de son déclin démographique et de la possibilité prochaine, avec la réforme de la carte électorale, de former un gouvernement majoritaire sans le Québec; au moment où l'indépendance apparaît de plus en plus clairement comme la seule option pour sauver le modèle social et économique québécois, François Legault entreprend, sous l'oeil approbateur d'un membre du conseil d'administration de la Banque CIBC, une démarche pour la création d'un nouveau parti politique nationaliste-fédéraliste.

À qui profite cette démarche? Poser la question, c'est y répondre.


mercredi 16 février 2011

Errico Malatesta et le parlementarisme

Un gouvernement qui tirait son origine du droit de conquête (droit divin, comme disaient les rois et leurs prêtres) était bien soumis par les circonstances à la classe capitaliste, mais il gardait toujours une attitude hautaine et méprisante envers ses anciens esclaves désormais enrichis, et il montrait des velléités d'indépendance et de domination. Un tel gouvernement était bien le défenseur des propriétaires, le gendarme à leur service, mais il était de ces gendarmes qui se croient quelqu'un et qui se montrent brutaux envers ceux qu'ils sont chargés d'escorter et de défendre, quand ils ne les dévalisent ou ne les massacrent pas au détour du chemin. La classe capitaliste s'en est débarrassée et s'en débarrasse par des moyens plus ou moins violents pour le remplacer par un gouvernement choisi par elle, composé de membres de sa classe, continuellement sous son contrôle et spécialement organisé pour la défendre contre les revendications possibles des déshérités.

C'est de là que vient le système parlementaire moderne.

Errico Malatesta, l'Anarchie

vendredi 11 février 2011

Le plusse meilleur pays bilingue au monde

Commentaire ultra-cohérent d''un quelquonque Elvis Gratton lu sur le blogue à Martineau à propos de la loi 101:

...La langue française est un libre choix. Je peux tu décider moi de ce que je veux? j'ai tu le droits saint cibole? Aies-je le droit d'aller pisser quand j'ai envie? Quand le ministère de l'éducation sera assez intelligent pour développer des programmes et enseignants de qualité en langue anglais dans nos écoles alors la il aura une raison pour que je suive ce mouvement sans être tenu de le faire.Je n'aie rien contre le fait qu'on doit protéger notre langue. Mais si tu ne parles pas anglais dans le monde du travail tu es un illettré. l'immigrant qui arrive ici, OUI, il doit aller à l'école française. Mais moi je suis Canadien de souche et je parle Français. Moi je peux aller à l'école anglaise maintenant car je serai bilingue, et serai une valeur ajouté pour notre pays et mon devenir sur le marché de l'emploi.

Elvis Gratton jr

jeudi 10 février 2011

La bourse de Montréal fusionnée avec celle de Londres

Pour ceux qui se demandent jusqu'où le Québec va aller pour se faire plumer et avec quelle rapidité, cet article dans le Guardian sur les intentions de David Cameron de transformer la Grande-Bretagne en nouvelle Suisse est assez révélateur.

Il suffit de réfléchir quelques instants à l'enchaînement des événements: la transformation de la bourse de Montréal en bourse spécialisée en produits dérivés est en soi matière à ne pas dormir la nuit. Quand on sait que l'Allemagne et la France ont au moins eu la décence de bannir les plus toxiques des produits dérivés l'an passé, ces produits financiers qui sont la cause directe de la grande dépression dans laquelle nous nous trouvons, et qu'on compare cela à l'apathie générale sur ce sujet en Amérique du Nord et au Canada en particulier, y'a de quoi vouloir se flinguer. Quand on réfléchit deux secondes à cette "fusion" de la bourse de Montréal avec celle de Toronto puis à celle projetée maintenant avec la bourse de Londres (!!!) y'a de quoi se demander où se trouvent les élites québécoises? Sont-elles baillonnées dans des cachots à Guantanamo ? Ont-elles reçues des menaces de morts ?

En tout cas, le sujet du jour est de savoir si oui ou non ce sera bénéfique pour l'économie canadienne.

J'ai peur pour la santé fragile de Jacques Parizeau.

On est loin du FLQ.

mercredi 9 février 2011

Tarpley, l'Égypte et Wiki Leaks

À cause du post d'Éric McComber sur le crachoir qui met en lien les commentaires de Webster Tarpley sur la crise Égyptienne, j'ai relu les derniers articles de cet analyste radical avec un oeil nouveau.

Son analyse du phénomène Wikileaks et d'Assange m'est rentré dedans. Particulièrement, trois petits paragraphes (que je reproduits en bas.) qui établi un parallèle entre les câbles diplomatiqeus et les Pentagon papers révélé par Daniel Elsbergs lors de la guerre du Viet-Nam

Le rôle de Chomsky en particulier me laisse perplexe.

Chomsky a toujours tenu la ligne suivante: à savoir que Kennedy n'était pas différents des autres présidents dans sa politique étrangère. Hors, beaucoup de signes tendent à prouver qu'au contraire, Kennedy s'est fait descendre parce qu'il ne suivait pas les directives de Langley Dans son texte, Tarpley parle de ces révélations dénonçant l'armée, comme une sorte de damage control (en forme de diversion) des exactions de la CIA pendant la guerre du Viet-Nams. Et d'un rôle Chomsky de l'époque comparable à celui de Michael Moore aujourd'hui.

La semaine dernière, Chomsky déclarait qu'il n'a vu un tel soulèvement de son vivant que celui qui se produit en Égypte.

Je suis prêt à le croire.

Mais beaucoup d'analystes pensent que le coup est bien préparé depuis 2008. Et si on a suivi comme il faut la stratégie de Brzezinsky, on peut constater que le but est bel et bien de remplacer plusieurs régimes dictatoriaux par des démocraties, avec qui on pourra continuer la buisness as usual. Zbig croit qu'il faut à tout prix calmer le jeu au moyen-orient pour concentrer les attaques sur la Chine et la Russie. Si je ne m'abuse, il est prêt à confronter Israêl (ou en tout cas à faire semblant) pour faire baisser la pression qu'il juge insoutenable. Il est contre la guerre en Iran.

Les analystes le moindrement sérieux sont-ils prêt à croire que les sorties en chameaux en pleine ville au milieu des manifestants sont une invention géniale de Moubarak ? Permettez-moi de douter. Ça ressemble étrangement à une Vilainisation à la Hussein non ? J'ai même lu dans le devoir, un papier de Christian Rioux qui affirmait que les devants ont été pris par les américains pour s'assurer que le fils de Moubarak, jugé trop réformateur soit écarté. Ce qui est fait.

Maintenant, on se retrouve avec Souleyman, le directeur des services secrets égyptiens, le Wayne Gretsky des tortionnaires du monde, dans le rôle du modérateur assurant la transition.

Dans le dernier interview qu'il donne à GRTV, Tarpley parle d'Al Jazera comme une antenne de la CIA,

Moi ce que je trouves difficile dans tout ceci, c'est toujours le risque d'être si cynique qu'on devient paralysé.

En réalité , les égyptiens sont indéniablement en colère, courageux et déterminés. La solution de Zbig, est peut-être meilleure quand même que celle des néo-cons ? Il ne faut pas être dupe, mais il y'a peut-être des éléments de changements majeurs positifs à la clé dans cette région ?

Enfin...Philipp Agee...lui-même... Dans un rôle (volontaire ou non ?) d'éxécuteur de damage control ? Lui qui a du s'exiler à Cuba où il est mort il y'a quelques temps ?

Qui reste-t-il en occident qui peut réellement brasser la cage ?

Qui ?
Combien de couches d'aliénation dans ce monde digne de Matrix ?
La pilule bleue ou la pilule rouge ?
La réalité se trouve-t-elle entre les deux ?
The Precedent: Pentagon Papers Whitewashed CIA, Blamed Army, Demonized Kennedy
Assange’s revelations mainly involve communications labeled Confidential or Secret, and which in reality would be over-classified if marked Official Use Only. In other words, Assange is in reality a purveyor of low level cable traffic, not of earth-shattering secrets. This reminds us of an earlier CIA limited hangout operation, the one known as the Pentagon Papers. This was a carefully screened selection of historical documents, supplemented by outright forgeries, relating to the Vietnam War and compiled by Morton Halperin and Leslie Gelb, both of whom have gone on to glittering careers in the imperialist foreign policy establishment – Gelb became president of the Council on Foreign Relations, while Halperin serves today as chief political officer of the Soros wolfpack of foundations. The papers were leaked by former RAND Corporation official Daniel Ellsberg, who had been a very bellicose hawk in Vietnam before a suspicious Damascus Road conversion to pacifism, and then published in the US establishment press – similarly to Assange today. There was nothing in the Pentagon papers which a casual reader of LeMonde or Corriere della Sera did not already know. But, as Mort Sahl later said, left liberals have generally had very few heroes, so they battened on to Ellsberg and lionized him – led by Noam Chomsky, Howard Zinn, and some others. (This is a syndrome which we see again today: at the moment when Obama’s treacherous sellout on the Bush tax cuts was providing a final disillusionment for many gullible left libs, Assange arrived on the scene as their new Savior. Not by chance, Ellsberg has now designated Assange as his own reincarnation, and thus surely the new Messiah.)

The Pentagon papers had been carefully selected by the CIA itself to cover up CIA war crimes in Vietnam, blaming these on the US Army wherever possible, while also obscuring the CIA’s massive program of drug production and narcotics smuggling. The Pentagon Papers systematically hid the salient political fact of the entire Vietnam era, which is that President John F. Kennedy before he was assassinated was preparing to end the de facto US combat role in that country. Instead, Kennedy was systematically demonized and smeared, emerging as the villain of the piece. Needless to say, the Pentagon papers throw no light whatsoever on the CIA role in the Kennedy assassination – in the same way that Assange’s various document dumps tell us nothing of importance about 9/11, the Rabin assassination, Iran-contra, the 1999 bombing of Serbia, the Kursk incident, the various CIA color revolutions, or many of the other truly big covert operations of the past decades.

The limited hangout is not new; it was described in a secret memorandum by Venetian intelligence chief Paolo Sarpi to the Venetian Senate in 1620 as the art of “saying something good about somebody while pretending to be saying something bad.” That is the common denominator of the CIA’s limited hangout operations from Ellsberg to Philip Agee to Assange, with so many other “former” CIA operatives turned “whistleblowers” along the way.


mardi 8 février 2011

La chronique du chansonnier: Voyage en Beauce

Mon chum, à qui je disais que j’allais chanter en Beauce en fin de semaine, m’a spontanément dit : wo…tu t’en vas en territoire ennemi…

Moi, j’avais pas d’a-priori tant que ça. Que ça vote Libéral depuis des temps immémoriaux dans ce coin-là, bof…C’est-tu si pire que le reste de notre belle province ?…

Ma seule préoccupation, c’était de survivre à ces deux soirs au Grand Hôtel de Saint-Georges de Beauce et de ramasser une paye acceptable. Février pour moi, c’est une période creuse et quand j’ai accepté ce contrat de Poirier, le booker, je me suis dit que cette fois il ne fallait pas que je me plante. La seule fois qu’il m’avait donné une gig de bar, je m’étais ramassé mal préparé dans un trou au nord de l’Assomption. Le gérant, un gros taureau musclé comme il se doit, mettait la danse-music entre les sets…la gogo obligée même quand la place in vide comme dit Desjardins. La barmaid dansait sur son comptoir devant trois clients dans la trentaine qui jouaient au pool et qui me demandaient, ironiques, que je leur joue l’incendie à Rio…Une dure épreuve et un échec lamentable …

C’est ma première incursion en Beauce. Parti le matin de Montréal, après trois heures de route, j’ai fait face à la vue époustouflante de la vallée au moment d’attaquer la 173.

Je suis arrivé vers deux heures à l’hôtel, une grande bâtisse longiligne de trois étages, un magma de brique et de néon, à mi-chemin entre le HLM et le centre commercial qui fait face au parking et à la rivière. Bon. La belle bâtisse historique que me promettait vaguement le nom pompeux du lieu, ça sera pour une autre vie me disais-je. Pour ce qui est de la perspective, l’impression qui se dégage de cette drôle d’absence de plan d’urbanisme est, qu’un jour, les gens de la place ont décidé que la rue principale devait devenir sens-unique et qu’on ferait passer les chars dans l’autre sens à l’arrière, le long de la rivière. C’est vrai que la rivière, elle revalorise bien le parking.

À l’entrée, qui ressemble à une sortie, c’est le gérant qui m’accueille. Ce petit homme nerveux , avait décidé que ma version de la danse à Saint-Dilon, qu’il avait entendu sur le net, était l’fun et que du violon (même sur des trames sonores) ça ferait changement pour sa clientèle. Je me préparais quand même à laisser faire Saint-Dilon en cas de public hostile. Après avoir pris possession de la chambre, convenable, je suis allé faire le touriste à pied. J’ai laissé faire le Mall hideux qui bouchait la vue sur le flanc droit du faubourg et suis allé dans l’autre sens pour constater que l’industrie principale du coin semblait être le salon de coiffure, d’ésthétique et de bronzage.

Pour ma première soirée, il y’avait un groupe d’enterrement mixte de vie de garçon et de fille qui ingurgitait un plat de crevettes assez moyen, servi avec moult fritures, spécialité de la place. Le DJ m’a présenté comme celui qui allait mettre le feu à la piste de danse. J’étais un peu surpris parce que je m’attendais à faire plus de chansons que de danse-music. J’ai donc laissé faire mon plan de match initial et embrayé maladroitement avec Hey babe et Mambo number five. Comme la salle était glaciale et que les enterrés allaient partir de toute façon, j’ai pris prétexte de l’initiation pour sortir mes cuillères de bois et les faire participer sur une toune de folklore acoustique. Ça a marché et, la glace rompue, j’ai pu faire un set à saveur country-rock à prédominance francophone très acceptable. La soirée s’est terminée tôt, et je n’ai fait qu’un second set de musique d’ambiance de pop des années 80-90. Du fond de la salle me provenait l’écho d’un autre chansonnier qui semblait prendre la relève avec du Bryan Adams dans une salle aux dimensions réduites, située de l’autre côté de l’entrée menant aux chambres par l’escalier et, vers l’arrière, au restaurant ouvert 24 h.

Pas trop en forme ces temps-ci, tout ça m’a laissé un peu à cran. La barmaid, une belle noireaude, m’a dit de ne pas m’en faire avec ça et que si je voulais, je pouvais aller voir le duo Monochrome dans un bar, une rue plus loin.

J’ai accepté l’invitation. Le groupe jouait les classiques de rock tels Bon Jovi, ZZ top, et les éternels Bryan Adams ou Mellencamp. Super pros. Un excellent son, des voix solides, des solos de guitares un peu machinaux, une foule de quadragénaires poupounés qui semblait bien s’amuser. Moi j’étudiais le répertoire en buvant un Perrier, l’esprit vaguement ailleurs.

Vers deux heures, je suis revenu à l’hôtel, pour constater que le gros bar de danse-music, situé sur le même pâté de maison, semblait déborder partout sur la rue de jeunes gens excités. En bas, le chansonnier chantait, avec une voix haut perché assez juste mais dans de pauvres haut-parleurs Yorkville, son MOR navrant. Par la fenêtre de ma chambre, que j’avais ouvert pour cause de chaleur excessive, j’entendais les rires et les tabarnaks fusés de la rue en un crescendo culminant vers 3h30. C’est à ce moment qu’un couple de musiciens qui jouaient je ne sais où en ville est entrée dans leur chambre, contigüe à la mienne. La jeune femme s’est lancée dans une scène de crise de jalousie assez classique et je pouvais entendre nettement chacune des paroles prononcées dans les deux heures qui ont suivi. Malgré ma fatigue, je trouvais la scène assez cocasse d’autant plus qu’elle s’est soldée par une baise tout ce qu’il y’a de plus réglo.

Finalement, si j’ai dormi ce jour là, c’est un gros deux heures. Vers midi, j’ai déniché un restaurant français impeccable où j’ai dégusté un doré amandine qui m’a replacé un peu l’estomac endommagé par la bouffe graisseuse du resto de l’Hôtel. J’ai répété tout l’après-midi dans ma chambre avec une guitare électrique et des écouteurs.

Le soir, j’ai misé sur un set résolument country-rock que j’ai étiré d’une demie-heure pour garder mon public le plus longtemps possible. Tout le monde était content. Au deuxième set, les Flyers menaient contre les Stars. Je n’avais qu’une dixaine de clients et leur ai demandé si ça leur tentait que je leur joue le But, ce rap sportif du groupe Loco Locass. La réponse fut assez convaincante pour que je laisse tomber. M’est avis que Libérez-nous des libéraux, c’est une tâche indélébile dans le CV de ce groupe. Même les efforts de Péladeau pour faire connaître leur répertoire ne servira à rien : ça ne franchira pas les frontière de la Beauce.

Vers minuit, brûlé, je me suis endormi pour me faire réveiller à nouveau vers trois heures au son des hurlements et vociférations multiples de la jeunesse beauceronne en rut… et par les coups répétés de mon voisin de palier sur la porte de sa chambre que sa blonde refusait d’ouvrir.

Il me faut avouer que la ressource naturelle principale du coin, la beauceronne, ne m’a pas laissé indifférent et que la quantité de fille bronzéess à la carotène et fringuées comme des magazines que j’ai vu passer dans ce quadrilatère en deux jours est proprement ahurissante. Mais derrière cette provocation sexuelle constante, la dureté, la froideur et la violence assez manifeste dominaient. Un beau coin de pays certes, mais la réputation de ces habitants ne me paraît pas entièrement sans fondement.

Un territoire ennemi ? Bof, un peu plus pareil que partout, au fond….

En tout cas, j’ai eu ma paye et puis…j’ai eu une bonne nouvelle, au téléphone hier matin : mon fils s’en va en concentration science à l’école…

J’espère qu’un jour, il va pouvoir m’expliquer le 11 septembre….

Post-scriptum :

En m’en retournant chez moi le dimanche matin, à la Radio, l’ineffable député conservateur de la Beauce, Maxime Bernier, faisait la manchette pour avoir déclarer que nous n’avions pas besoin de la loi 101 au Québec pour protéger la langue française…

Pour le reste du voyage, Daniel Lanois a tenté de me faire oublier, dans la langue de Shakespeare, les paroles insupportables de Bryan Adams et le désert culturel que je quittais sans regret.