Tiens, j’annonce en grande pompe, la création d’une rubrique qui reviendra de temps à autres sur ce blogue lorsque des anecdotes notables surgiront sur ma route de chansonnier-mercenaire. Après tout, si Patrick Lagacé peut prétendre au titre de journaliste et être grassement payé pour dire, mal, des âneries à cœur de jour, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas revendiquer moi aussi le titre de chroniqueur.
*********
Samedi soir, je travailles à l’Assomption à l’Oasis du vieux-palais. De temps à autres, j’anime un souper-procès. Il s’agit d’un bien cuit sous forme de faux procès qui a lieu dans la cour de justice de ce bâtiment historique qui fut d’abord un poste de traite. Mon travail consiste à chanter pendant le souper, à faire le greffier pendant le procès et à faire danser la compagnie en fin de soirée avec de la musique live et du DJ.
Ce soir-là, exceptionnellement, je dois faire le juge.
Le fêté a quarante ans. Sa blonde, qui organise la patente, vient me voir pour me spécifier que je ne dois pas chanter en français car son chum déteste la chanson québécoise et la chanson française. C’est la première fois de ma carrière qu’on me fait une demande aussi explicite sur ce sujet. La femme m’a déjà fait parvenir une liste de tounes des groupe préférés qu'il aimerait entendre: Ozzy Osbourne, Deep Purple, Rush, Bon Jovi,Guns and Roses, Loverboy, Ace of bases…
Je chante donc ce que j’ai de classic rock et lui met sa liste de demandes spéciale sur Itune, pendant le plat principal. Personnellement, même si j’apprécie Led Zeppelin de temps à autres, j’ai bien de la difficulté à comprendre comment on peut manger à une table à la bourgeoise avec des gros solos de guitare hard-rock dans les oreilles. Je dois être très conservateur, mais il me semble que pour digérer adéquatement, outre le silence qui serait parfois bienvenu, tous les autres styles de l’histoire de la musique conviennent mieux. Mais, bon, je ne suis pas payé pour avoir un avis sur la question.
Au procès, le reste est à l’avenant.
Dans ces soirées, les faux avocats de la couronne qui doivent gentiment accusé le fêté sont dans la vraie vie de véritables avocats. Ils font ce truc beaucoup plus pour le plaisir que pour la paye. Ce soir-là, en entendant les cris provenant de la salle à manger pendant le souper, l’avocat me fait part de son inquiétude face à ce groupe. Comme de fait, il nous sera impossible de mener notre barque comme d’habitude. Les témoins rivalisent de cabotinage, l’audience hurle à tout bout de champ, les participants s’invectivent, le prévenu se tort de rire littéralement par terre plusieurs fois et manifeste son exubérante hilarité en claquant à répétition la porte en bois du box des accusés de cette salle qui est la plus vieille cour de justice encore en état en Amérique du Nord.
J’en apprends d’avantage sur l’accusé. Il a fait ses études à Jean- Eudes, la number one au québec. Monsieur est aujourd’hui gérant d’un Rona. Moi qui ait fait trois ans à Brébeuf, je peut dire que j’en ai connu une floppée dans son genre. Accusé par ses collègues du secondaire d’avoir la vengeance facile, comme par exemple en dirigeant un slap-shot dans les couilles d’un gardien de but qui n’a pas de jack-strap, il s’est battu encore la semaine dernière sur la glace dans une partie amicale. Bref un joyeux luron avec tout un sens de l’humour.
Juste avant le jugement, un de ses amis a trouvé très spirituel de venir s’asseoir sur moi, qui étais assis sur le fauteuil du juge avec ma perruque ridicule.
On peut contester l’exercice de ce bien cuit à la bourgeoise, quoique j’ai assisté dans ce cadre à des moments très drôles et à beaucoup de moments émouvants, mais comme l’ensemble du tableau de cette soirée allait dans le même sens, je ne pense pas me tromper sur le diagnostic du problème : le syndrome du colonisé à la Elvis Gratton.
Vers la fin, l’avocat ne s’adressait plus à la foule et expédiait les témoins. Une fois sorti de cette dure soirée il m’a confié que c’était de loin la pire à laquelle il avait assisté.
Personnellement, le moratoire qu’on m’a imposé sur la langue française a été un véritable traumatisme. Et tout du long, j’essayais de me dire que c’est le droit le plus strict de monsieur de détester la culture populaire francophone. Il est vrai qu’on en fabrique de la marde à la pelle, mais pas plus qu’ailleurs, me disais-je pourtant…
Mais bon… Cette expérience m’a permis de réécouter des trucs d’Ozzy Osbourne que j’ai trouvé très rigolos comme par exemple la chanson « I don’t want to change the world ». Faut dire qu’avec un compte en banque garni comme le sien, je maintiendrais peut-être cette position. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César, j’ai quand même trouvé deux grandes qualités aux acteurs de cette soirée: la franchise et la candeur.
Think big stie… mais restons petits !
lundi 22 mars 2010
mercredi 17 mars 2010
Bonne fête des Irlandais
The Pogues and the Berliners : Whiskey in the jar
http://www.youtube.com/watch?v=r5WgYoRCs2U
Nos frères, les Irlandais
http://www.youtube.com/watch?v=r5WgYoRCs2U
Nos frères, les Irlandais
Libellés :
Irlande
mardi 16 mars 2010
Le PQ vire à droite...encore plus
Voici un billet d'humeur que j'ai posté sur le blogue à Jean-François Lisée en réponse aux "pragmatistes" qui y déversaient tout leur fiel contre le SPQ libre, suite à la décision de Pauline Marois de l'éjecter hors du parti.
Monsieur Lisée, Bravo pour votre franchise et vos nuances
Je dois dire tout d'abord que je ne suis pas syndiqué mais que je suis de gauche, indépendantiste et lecteur assidu de l'aut journal. Pour ce qui est des leçons de pragmatisme (pour ne pas dire des insultes) que la majorité des intervenants expriment ici, j'aurais deux mots à dire.
Au moment où René Lévesque tergiversait sur la voix à suivre pour la langue, ce sont les "radicaux" comme Camille Laurin qui ont forcé ce dernier à se résoudre à créer la loi 101. Aujourd'hui, y'a-t-il quelqu'un dans la salle qui est contre ?
Pour ce qui est du syndicalisme, vous avez bien raison toute la gagne de dire que c'est un temps révolu. La chute du communisme et l'hégémonie du fric a laissé toute la place aux requins de Wall Street pour envahir le monde entier jusque dans le cerveau malade des citoyens qui s'imaginent faire des débats alors que les dés sont pipés plus que jamais.
La création de richesse, c'est la quintessence de la bullshite pour apâter le citoyen dans la course au fric en lui faisant croire qu'il peut seul tirer son épingle du jeu. Alors que le gouvernement Canadien vient de donner 200 milliards aux banques, vous, vous rêvez à l'indépendance grâce à québec Inc. ? Vous voulez d'une Pauline Marois dans le style de Tony Blair ?
Vous avez donc hâte que les pelleteux de nuages se joignent à Québec Solidaire et libèrent le plancher. Moi le pelleteux de nuages, c'est plate, mais même si je suis totalement contre canarder du musulman pour faire du fric, je suis également contre cette idée de permettre aux intégristes musulmans d'imposer la burka où aux intégristes sikhs d'imposer leur couteau dans la cour d'école. Aussi le pelleteux nuage que je suis n'ira pas à Québec Solidaire. Quant au PQ, bravo les pragmatistes, vous allez proposer quoi de plus emballant pour l'électeur qu'une version molle du parti des boss et du gros cash, le parti libéral? Vous pensez vraiment que vous allez convaincre les gens avec une pâle copie ?
Monsieur Lisée, Bravo pour votre franchise et vos nuances
Je dois dire tout d'abord que je ne suis pas syndiqué mais que je suis de gauche, indépendantiste et lecteur assidu de l'aut journal. Pour ce qui est des leçons de pragmatisme (pour ne pas dire des insultes) que la majorité des intervenants expriment ici, j'aurais deux mots à dire.
Au moment où René Lévesque tergiversait sur la voix à suivre pour la langue, ce sont les "radicaux" comme Camille Laurin qui ont forcé ce dernier à se résoudre à créer la loi 101. Aujourd'hui, y'a-t-il quelqu'un dans la salle qui est contre ?
Pour ce qui est du syndicalisme, vous avez bien raison toute la gagne de dire que c'est un temps révolu. La chute du communisme et l'hégémonie du fric a laissé toute la place aux requins de Wall Street pour envahir le monde entier jusque dans le cerveau malade des citoyens qui s'imaginent faire des débats alors que les dés sont pipés plus que jamais.
La création de richesse, c'est la quintessence de la bullshite pour apâter le citoyen dans la course au fric en lui faisant croire qu'il peut seul tirer son épingle du jeu. Alors que le gouvernement Canadien vient de donner 200 milliards aux banques, vous, vous rêvez à l'indépendance grâce à québec Inc. ? Vous voulez d'une Pauline Marois dans le style de Tony Blair ?
Vous avez donc hâte que les pelleteux de nuages se joignent à Québec Solidaire et libèrent le plancher. Moi le pelleteux de nuages, c'est plate, mais même si je suis totalement contre canarder du musulman pour faire du fric, je suis également contre cette idée de permettre aux intégristes musulmans d'imposer la burka où aux intégristes sikhs d'imposer leur couteau dans la cour d'école. Aussi le pelleteux nuage que je suis n'ira pas à Québec Solidaire. Quant au PQ, bravo les pragmatistes, vous allez proposer quoi de plus emballant pour l'électeur qu'une version molle du parti des boss et du gros cash, le parti libéral? Vous pensez vraiment que vous allez convaincre les gens avec une pâle copie ?
lundi 8 mars 2010
Mauvaises humeurs en vrac
De retour de vacances avec les enfants hier, après avoir décroché de tout pendant une semaine. Au programme : parties intenses de Donjons et Dragons et ski de fond… fond comme dans fondant, étant donné que de la neige, y’en a pas beaucoup cette année.
Et puis aujourd’hui, plein de trucs désagréables qui me sautent aux yeux.
1-Les olympiques :
Non je n’ai regardé ni l’équipe de hockey canadienne évoluer sur la glace ni aucun athlète se faire aller le pompon. Pour deux raisons : la première, c’est que fidèle à son racisme atavique, Hockey Canada a décidé d’écarter Martin Saint Louis et Vincent Lecavalier de la formation. Pour moi, c’est suffisant pour un boycott massif. Au lieu de quoi les québécois ont pleuré d’émotion devant la « belle performance canadienne ». J’avoue bien candidement que j’ai été terriblement déçu d’apprendre que les Canadiens avaient battu les Russes. M’est avis que c’est pas de si tôt qu’on va revoir une star francophone d’envergure au hockey olympique
Deuxièmement, mais beaucoup plus grave, la date d’ouverture des jeux correspond exactement au début de la frappe massive de la « coalition » de l’OTAN en Afghanistan
Pour se convaincre de l’étendu de l’amnésie (pour ne pas dire la schizophrénie) collective, il suffit de lire l’article de Martin Hébert ici :
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=17911
En prévision de chaque année olympique, le protocole veut que le pays hôte en appelle au reste du monde à respecter l’une des traditions les plus centrales aux idéaux olympiques : l’ekecheiria, la Trêve olympique. Depuis 1993, cet appel prend la forme d’une résolution présentée devant l’Assemblée générale de l’ONU. Le 19 octobre 2009, c’était au tour du Canada de se présenter devant l’Assemblée Générale de l’ONU pour se faire le porte-voix de cet idéal. Le gouvernement fédéral ayant reculé devant cette responsabilité olympique fondamentale, c’est le Premier Ministre de la Colombie Britannique Gordon Campbell qui s’est présenté devant l’ONU pour soumettre cette résolution « au nom de la province hôte ».
C’est ainsi que le Canada est devenu le pays parrain d’une résolution qui « somme les pays membres d’observer, dans le cadre de la Charte de l’ONU, la trêve olympique, individuellement et collectivement, durant les XXIe Jeux Olympiques d’hiver et les Xe Jeux Paralympiques d’hiver » (Article 1, Résolution 64/2)(…)
Pour qui prend la peine de convertir les heures locales d’un fuseau horaire à l’autre, il est facile de constater que le début des cérémonies d’ouverture des jeux, soit le 12 févier 2010 à 18h00, heure de Vancouver, correspond, à une ou deux heures près, aux premières salves de l’Opération Mushatarak. Non seulement cette opération de 15 000 hommes lancée aux petites heures du matin le 13 février, heure de Kaboul, coïncide-t-elle presque parfaitement avec l’amorce des jeux de Vancouver, mais la fin de cette « offensive de deux semaines » annoncée par l’Association France Presse le 27 février, et reprise à travers le monde par d’autres agences de presse, correspond à la clôture des jeux olympiques.
Quand je repense à tout le boucan sur les méchants chinois au Tibet, aux olympiques l’été dernier, mon sang ne fait qu’un tour.
Mauvaise humeur.
2-L’Islande :
En revenant dimanche, j’ai écouté la radio et lu les journaux. On y apprenait que les Islandais allaient voter par référendum sur une entente négociée entre leur gouvernement et les banques anglaises et hollandaises pour rembourser les milliards dilapidés dans le scandale financier qui a pratiquement détruit le pays. Cet exercice se dirigeait vraisemblablement vers un rejet massif de l’entente par la population. Ce matin, pas une seule topo à la radio sur ce sujet. Zéro. Niet… Disparu du radar…On a beau savoir que ça n’y changera rien, on aurait aimé au moins en entendre parler ne serait-ce qu’une journée. Bin non. En lieu et place on a droit à mes numeros 3 et 4, les élections en Irak et la soirée des oscars.
Mauvaise humeur
3- Les élections « libres » et « démocratiques » en Irak.
J’ai le titre du Devoir dans la face :
Irak : sévère camouflet à Al Qaïda.
L’équipe des cul-de–jattes ont shootés soixante milles fois dans leur propre goal sous les encouragements bienveillants des arbitres androïdes tandis que l’équipe des verts tendres en cuirassé humanitaire se bidonnaient allégrement en défonçant les records d’absurdité. Le grand Oumbama en chef salue le courage du peuple Irakien tout en réitérant son appui à la normalisation des rapports fraternels entre nations démocratiques… À un million de morts près, en dommage collatéral.
Mauvaise humeur.
4-L’oscar du meilleur film à Kathryn Bigelow, pour son « Hurt Locker » en cette journée de la femme.
Je dois admettre d’emblée deux choses : je n’ai pas vu Hurt Locker et j’ai apprécié dans Avatar, la tentative de Cameron de décrire les effets dévastateurs du corporatisme, malgré le manque de crédibilité de la démarche d’un film au budget monstrueux.
L’avis de John Pilger, ce reporter vétéran, sur les deux films est assez radical mais sa charge pointe surtout the Hurt Locker.
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=17541
Why the Oscars are a Con
Why are so many films so bad? This year’s Oscar nominations are a parade of propaganda, stereotypes and downright dishonesty. The dominant theme is as old as Hollywood: America’s divine right to invade other societies, steal their history and occupy our memory. When will directors and writers behave like artists and not pimps for a world view devoted to control and destruction?
I grew up on the movie myth of the Wild West, which was harmless enough unless you happened to be a native American. The formula is unchanged. Self-regarding distortions present the nobility of the American colonial aggressor as a cover for massacre, from the Philippines to Iraq. I only fully understood the power of the con when I was sent to Vietnam as a war reporter. The Vietnamese were “gooks” and “Indians” whose industrial murder was preordained in John Wayne movies and sent back to Hollywood to glamourise or redeem.
I use the word murder advisedly, because what Hollywood does brilliantly is suppress the truth about America’s assaults. These are not wars, but the export of a gun-addicted, homicidal “culture”. And when the notion of psychopaths as heroes wears thin, the bloodbath becomes an “American tragedy” with a soundtrack of pure angst.
Kathryn Bigelow’s The Hurt Locker is in this tradition. A favourite for multiple Oscars, her film is “better than any documentary I’ve seen on the Iraq war. It’s so real it’s scary” (Paul Chambers CNN). Peter Bradshaw in the Guardian reckons it has “unpretentious clarity” and is “about the long and painful endgame in Iraq” that “says more about the agony and wrong and tragedy of war than all those earnest well-meaning movies”.
What nonsense. Her film offers a vicarious thrill via yet another standard-issue psychopath high on violence in somebody else’s country where the deaths of a million people are consigned to cinematic oblivion. The hype around Bigelow is that she may be the first female director to win an Oscar. How insulting that a woman is celebrated for a typically violent all-male war movie.
Je n’ai jamais rien attendu d’un Gala des Oscars, mais je trouve particulièrement monstrueux ce choix d’offrir ce premier oscar du meilleur film à une femme qui choisit de gratter le bobo du pauvre soldat hollywoodien dans un décor de guerre en Irak javellisé. Ça me rappelle Yourcenar dans une interview avec Pivot qui, parlant des gains du féminisme, lançait de manière lapidaire quelques chose du genre : « Si elles ont gagné le droit de porter le fusil, je ne vois pas en quoi c’est un avancement pour la cause des femmes. » C’est aussi mon humble avis.
Mauvaise humeur.
5-Un article de mon chroniqueur « préféré » à l’International, Francois Brousseau, sur la crise des finances publiques en Grèce :
L’Europe désunie.
(…)Ce qui est absolument unique dans l'actuel psychodrame européen, ce qui lui donne une dimension globale et inédite, c'est qu'il met en scène des États souverains (…) avec des traditions et des moeurs diversifiées — y compris les moeurs économiques — que l'on a décidé d'unir, en faisant le pari hasardeux qu'un tel acte volontariste aurait pour effet de rapprocher toujours davantage les nations et les peuples.
La crise européenne de 2010 sonne-t-elle le glas de cette belle idée? La monnaie commune, plaquée sur des réalités économiques, sociologiques et financières divergentes, se révèle-t-elle, à retardement, être la camisole de force que certains craignaient? Certains pays se verront-ils forcés de sortir de l'euro, ou choisiront-ils de le faire?
Comment les Allemands voient-ils tout ça? Ils regardent ces histoires de comptabilité occulte en Grèce, de pays à la productivité chancelante vivant au-dessus de ses moyens, et se disent: «Pourquoi moi, Gunther, qui me serre la ceinture, dont le pays a une éthique du travail, des comptes publics et une situation commerciale incomparablement supérieurs à ceux de tous ces pays méditerranéens, pourquoi est-ce que j'irais aujourd'hui faire un gros chèque pour Dimitrios, pour ces cancres et ces cigales qui maquillent leurs comptes et font semblant de travailler?»
Je tique… L’expression « mœurs économiques diversifiés »…me laisse vraiment perplexe. Comme si les nations sur cette planète ont le droit d’avoir des mœurs économiques différentes des diktats du néo-libéralisme. C’est y pas bizarre que la Grèce a été le premier pays à se faire zapper par les anglo-américains au sortir de la seconde guerre, alors qu’elle avait en son sein beaucoup de sympathisants communistes ? La Grèce et l’Islande n’ont-ils pas été des cibles délibérées des prédateurs financiers ? « Des pays à la productivité chancelante vivant au-dessus de (leurs) moyens » N’a-t-on pas entendu ce genre de tampons ad nauseam partout où le FMI est passé pour se rendre compte ensuite que ces crises ont été soigneusement planifiées? Pourquoi le journaliste n’ose pas aller plus loin dans sa réflexion et mentionner au moins l’implication de Goldman Sachs dans le traficotage de livre comptable ? Même si il prétend exposer la mécanique de la xénophobie qui s’installe, l’absence d’analyse approfondie des causes du naufrage conforte le lecteur dans cette vision pleine de clichés : les pays fautifs d’explosion de dettes publiques n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Leurs citoyens sont totalement responsables de leurs déboires : ce sont des paresseux. Et bien sûr, aucune stratégie de guerre économique et de kidnapping des états n’est mise en place par l’oligarchie financière anglo-saxonne.
Décidément, y’a pas de vacances assez longue pour prendre une distance joyeuse et durable face à l’état du monde. Et bien pire que l’état dans lequel il se trouve, ce qui me désespère, c’est le récit qui se construit sur lui au fur et mesure qu’il s’enfonce dans l’opacité des idéologies mortifères.
Et puis aujourd’hui, plein de trucs désagréables qui me sautent aux yeux.
1-Les olympiques :
Non je n’ai regardé ni l’équipe de hockey canadienne évoluer sur la glace ni aucun athlète se faire aller le pompon. Pour deux raisons : la première, c’est que fidèle à son racisme atavique, Hockey Canada a décidé d’écarter Martin Saint Louis et Vincent Lecavalier de la formation. Pour moi, c’est suffisant pour un boycott massif. Au lieu de quoi les québécois ont pleuré d’émotion devant la « belle performance canadienne ». J’avoue bien candidement que j’ai été terriblement déçu d’apprendre que les Canadiens avaient battu les Russes. M’est avis que c’est pas de si tôt qu’on va revoir une star francophone d’envergure au hockey olympique
Deuxièmement, mais beaucoup plus grave, la date d’ouverture des jeux correspond exactement au début de la frappe massive de la « coalition » de l’OTAN en Afghanistan
Pour se convaincre de l’étendu de l’amnésie (pour ne pas dire la schizophrénie) collective, il suffit de lire l’article de Martin Hébert ici :
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=17911
En prévision de chaque année olympique, le protocole veut que le pays hôte en appelle au reste du monde à respecter l’une des traditions les plus centrales aux idéaux olympiques : l’ekecheiria, la Trêve olympique. Depuis 1993, cet appel prend la forme d’une résolution présentée devant l’Assemblée générale de l’ONU. Le 19 octobre 2009, c’était au tour du Canada de se présenter devant l’Assemblée Générale de l’ONU pour se faire le porte-voix de cet idéal. Le gouvernement fédéral ayant reculé devant cette responsabilité olympique fondamentale, c’est le Premier Ministre de la Colombie Britannique Gordon Campbell qui s’est présenté devant l’ONU pour soumettre cette résolution « au nom de la province hôte ».
C’est ainsi que le Canada est devenu le pays parrain d’une résolution qui « somme les pays membres d’observer, dans le cadre de la Charte de l’ONU, la trêve olympique, individuellement et collectivement, durant les XXIe Jeux Olympiques d’hiver et les Xe Jeux Paralympiques d’hiver » (Article 1, Résolution 64/2)(…)
Pour qui prend la peine de convertir les heures locales d’un fuseau horaire à l’autre, il est facile de constater que le début des cérémonies d’ouverture des jeux, soit le 12 févier 2010 à 18h00, heure de Vancouver, correspond, à une ou deux heures près, aux premières salves de l’Opération Mushatarak. Non seulement cette opération de 15 000 hommes lancée aux petites heures du matin le 13 février, heure de Kaboul, coïncide-t-elle presque parfaitement avec l’amorce des jeux de Vancouver, mais la fin de cette « offensive de deux semaines » annoncée par l’Association France Presse le 27 février, et reprise à travers le monde par d’autres agences de presse, correspond à la clôture des jeux olympiques.
Quand je repense à tout le boucan sur les méchants chinois au Tibet, aux olympiques l’été dernier, mon sang ne fait qu’un tour.
Mauvaise humeur.
2-L’Islande :
En revenant dimanche, j’ai écouté la radio et lu les journaux. On y apprenait que les Islandais allaient voter par référendum sur une entente négociée entre leur gouvernement et les banques anglaises et hollandaises pour rembourser les milliards dilapidés dans le scandale financier qui a pratiquement détruit le pays. Cet exercice se dirigeait vraisemblablement vers un rejet massif de l’entente par la population. Ce matin, pas une seule topo à la radio sur ce sujet. Zéro. Niet… Disparu du radar…On a beau savoir que ça n’y changera rien, on aurait aimé au moins en entendre parler ne serait-ce qu’une journée. Bin non. En lieu et place on a droit à mes numeros 3 et 4, les élections en Irak et la soirée des oscars.
Mauvaise humeur
3- Les élections « libres » et « démocratiques » en Irak.
J’ai le titre du Devoir dans la face :
Irak : sévère camouflet à Al Qaïda.
L’équipe des cul-de–jattes ont shootés soixante milles fois dans leur propre goal sous les encouragements bienveillants des arbitres androïdes tandis que l’équipe des verts tendres en cuirassé humanitaire se bidonnaient allégrement en défonçant les records d’absurdité. Le grand Oumbama en chef salue le courage du peuple Irakien tout en réitérant son appui à la normalisation des rapports fraternels entre nations démocratiques… À un million de morts près, en dommage collatéral.
Mauvaise humeur.
4-L’oscar du meilleur film à Kathryn Bigelow, pour son « Hurt Locker » en cette journée de la femme.
Je dois admettre d’emblée deux choses : je n’ai pas vu Hurt Locker et j’ai apprécié dans Avatar, la tentative de Cameron de décrire les effets dévastateurs du corporatisme, malgré le manque de crédibilité de la démarche d’un film au budget monstrueux.
L’avis de John Pilger, ce reporter vétéran, sur les deux films est assez radical mais sa charge pointe surtout the Hurt Locker.
http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=17541
Why the Oscars are a Con
Why are so many films so bad? This year’s Oscar nominations are a parade of propaganda, stereotypes and downright dishonesty. The dominant theme is as old as Hollywood: America’s divine right to invade other societies, steal their history and occupy our memory. When will directors and writers behave like artists and not pimps for a world view devoted to control and destruction?
I grew up on the movie myth of the Wild West, which was harmless enough unless you happened to be a native American. The formula is unchanged. Self-regarding distortions present the nobility of the American colonial aggressor as a cover for massacre, from the Philippines to Iraq. I only fully understood the power of the con when I was sent to Vietnam as a war reporter. The Vietnamese were “gooks” and “Indians” whose industrial murder was preordained in John Wayne movies and sent back to Hollywood to glamourise or redeem.
I use the word murder advisedly, because what Hollywood does brilliantly is suppress the truth about America’s assaults. These are not wars, but the export of a gun-addicted, homicidal “culture”. And when the notion of psychopaths as heroes wears thin, the bloodbath becomes an “American tragedy” with a soundtrack of pure angst.
Kathryn Bigelow’s The Hurt Locker is in this tradition. A favourite for multiple Oscars, her film is “better than any documentary I’ve seen on the Iraq war. It’s so real it’s scary” (Paul Chambers CNN). Peter Bradshaw in the Guardian reckons it has “unpretentious clarity” and is “about the long and painful endgame in Iraq” that “says more about the agony and wrong and tragedy of war than all those earnest well-meaning movies”.
What nonsense. Her film offers a vicarious thrill via yet another standard-issue psychopath high on violence in somebody else’s country where the deaths of a million people are consigned to cinematic oblivion. The hype around Bigelow is that she may be the first female director to win an Oscar. How insulting that a woman is celebrated for a typically violent all-male war movie.
Je n’ai jamais rien attendu d’un Gala des Oscars, mais je trouve particulièrement monstrueux ce choix d’offrir ce premier oscar du meilleur film à une femme qui choisit de gratter le bobo du pauvre soldat hollywoodien dans un décor de guerre en Irak javellisé. Ça me rappelle Yourcenar dans une interview avec Pivot qui, parlant des gains du féminisme, lançait de manière lapidaire quelques chose du genre : « Si elles ont gagné le droit de porter le fusil, je ne vois pas en quoi c’est un avancement pour la cause des femmes. » C’est aussi mon humble avis.
Mauvaise humeur.
5-Un article de mon chroniqueur « préféré » à l’International, Francois Brousseau, sur la crise des finances publiques en Grèce :
L’Europe désunie.
(…)Ce qui est absolument unique dans l'actuel psychodrame européen, ce qui lui donne une dimension globale et inédite, c'est qu'il met en scène des États souverains (…) avec des traditions et des moeurs diversifiées — y compris les moeurs économiques — que l'on a décidé d'unir, en faisant le pari hasardeux qu'un tel acte volontariste aurait pour effet de rapprocher toujours davantage les nations et les peuples.
La crise européenne de 2010 sonne-t-elle le glas de cette belle idée? La monnaie commune, plaquée sur des réalités économiques, sociologiques et financières divergentes, se révèle-t-elle, à retardement, être la camisole de force que certains craignaient? Certains pays se verront-ils forcés de sortir de l'euro, ou choisiront-ils de le faire?
Comment les Allemands voient-ils tout ça? Ils regardent ces histoires de comptabilité occulte en Grèce, de pays à la productivité chancelante vivant au-dessus de ses moyens, et se disent: «Pourquoi moi, Gunther, qui me serre la ceinture, dont le pays a une éthique du travail, des comptes publics et une situation commerciale incomparablement supérieurs à ceux de tous ces pays méditerranéens, pourquoi est-ce que j'irais aujourd'hui faire un gros chèque pour Dimitrios, pour ces cancres et ces cigales qui maquillent leurs comptes et font semblant de travailler?»
Je tique… L’expression « mœurs économiques diversifiés »…me laisse vraiment perplexe. Comme si les nations sur cette planète ont le droit d’avoir des mœurs économiques différentes des diktats du néo-libéralisme. C’est y pas bizarre que la Grèce a été le premier pays à se faire zapper par les anglo-américains au sortir de la seconde guerre, alors qu’elle avait en son sein beaucoup de sympathisants communistes ? La Grèce et l’Islande n’ont-ils pas été des cibles délibérées des prédateurs financiers ? « Des pays à la productivité chancelante vivant au-dessus de (leurs) moyens » N’a-t-on pas entendu ce genre de tampons ad nauseam partout où le FMI est passé pour se rendre compte ensuite que ces crises ont été soigneusement planifiées? Pourquoi le journaliste n’ose pas aller plus loin dans sa réflexion et mentionner au moins l’implication de Goldman Sachs dans le traficotage de livre comptable ? Même si il prétend exposer la mécanique de la xénophobie qui s’installe, l’absence d’analyse approfondie des causes du naufrage conforte le lecteur dans cette vision pleine de clichés : les pays fautifs d’explosion de dettes publiques n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Leurs citoyens sont totalement responsables de leurs déboires : ce sont des paresseux. Et bien sûr, aucune stratégie de guerre économique et de kidnapping des états n’est mise en place par l’oligarchie financière anglo-saxonne.
Décidément, y’a pas de vacances assez longue pour prendre une distance joyeuse et durable face à l’état du monde. Et bien pire que l’état dans lequel il se trouve, ce qui me désespère, c’est le récit qui se construit sur lui au fur et mesure qu’il s’enfonce dans l’opacité des idéologies mortifères.
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