jeudi 28 janvier 2010

Madame Clinton se dit "meurtrie"

Hier, Madame Hillary Clinton s'est dit meurtrie par les nombreuses critiques adressées envers les États-unis pour leur manière de gérer la crise haïtienne.

"Je suis profondément meurtrie par ceux qui s'en prennent à notre pays, à la générosité de notre peuple et au rôle d'entraînement de notre président pour tenter de répondre à une catastrophe historique après le séisme"

Quand on apprend que l'avion du scientologue John Travolta a priorité sur les avions de la croix rouge sur la seule piste d'atterrissage de Port-aux-princes, je me demande vraiment qui sont les plus "meurtris" dans cette histoire.

mardi 26 janvier 2010

Chambre de hockey

Une fois de temps en temps, je joue au hockey à l'Aréna de Brébeuf, le vendredi soir. Je suis remplaçant. D'habitude, je joue à l'aile gauche, mais là, y'a une demoiselle fort sympathique qui occupe le poste. Alors je prend la droite. Mon centre est un gars relaxe pas spécialement étincelant, mais très efficace. On forme un trio qui ne casse rien à prime abord, mais on se fait de belles passes et on rentre quatre des six buts de notre équipe. Score final: 6 à 5.

Dans la chambre des joueurs, je déchausse mes patins. Lucien-Robert Salvé, me demande des nouvelles de mon frère, qui ne joue plus depuis des mois à cause d'un vilain ménisque qui flotte dans son genoux. Les médecins lui ont dit qu'il ne pouvait plus rien faire de sa vie. Il attends de recevoir un appel de l'hôpital pour un rendez-vous en résonance magnétique dans la semaine des quatre jeudis.

Lucien-Robert est un gars de gauche super le fun à écouter quand il passe à la radio. Posé, allumé, plein de bon sens dans le cadre étouffant de la radio d'état.

Puis des discussions s'animent autour de la crise économique. Lucien-Robert s'indigne des néo-libéraux qui ont chahuté l'état-providence pendant des décennies et qui, maintenant, y ont recours pour se renflouer. J'évoque alors les quarante milliards de bail-out consenti aux banques l'an passé, pendant et après les dernières élections. (Vérification faites, c'est 75 milliards, selon des sources de 2009, 200 milliards selon d'autres plus récentes)

-Quoi !! D'où tu sors ça ?

-Bin..des journaux alternatifs.

-Comment ça ? Pourquoi les autres journaux n'auraient pas parlé d'une telle nouvelle?

-Probablement parce qu' y'z-ont pas intérêt à faire peur au monde.

-Bah, ça c'est la théorie du complot ! À part la presse à Desmarais, y'a pas je journaux qui ont intérêt à cacher des nouvelles !

Là, je suis bouché bin raide. Quoi faire, quoi faire ? Comme dirait Sol...Avoir eu la citation du ministre Flaherty sous la main, ça m'aurait aidé:

http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=12007

"The first tranche of the program, for purchases up to $25 billion, was announced on October 10. These purchases will be completed by November 21. Under the initiative announced today, Canadian financial institutions will have access to up to an additional $50 billion of longer-term funding, bringing the total for the IMPP to $75 billion. The extension of the IMPP will be financed through increased issuance of Treasury bills and bonds. The Government will be consulting with market participants about the operational plan in the coming weeks." Ministry of Finance, Government of Canada Announces Additional Support for Canadian Credit Markets 2008-090 (November 12, 2008)

Il faut dire à la décharge des journalistes, que Flaherty avait bien expliqué que ça ne coûterait rien aux canadiens. Si il l'a dit d'abord...

C'est pourtant simple, 1.5 trillions aux États-Unis, 200 milliard au Canada, et c'est à peu le même ratio partout dans le monde. C'est le hold up de Wall Street en 2008 sur le monde entier. Rien de nouveau sous le soleil mais un peu plus spectaculaire que d'habitude. Cependant, aux États-Unis, au moins, ils sont au courant. C'est déjà ça de pris !

À part la presse à Desmarais, y'a pas je journaux qui ont intérêt à cacher des nouvelles !...

Vive la gauche et la théorie de compote. On va aller loin avec une lucidité intellectuelle pareille...

Cré misère.

mardi 19 janvier 2010

Le monopole du bien

Sept jours après le tremblement de terre en Haïti, on attend toujours de voir s’organiser des secours qui ne viennent pas.

Entre 100 000 et 500 000 morts. Pas d’eau, pas de nourriture, pas de médecins, pas de toit. Le navire hôpital américain parti de Baltimore n’arrivera que jeudi, soit 10 jours après la tragédie. Un navire équivalent européen déjà sur place n’avait, lui, pas l’autorisation d’accoster. De nombreux avions d’aide humanitaires ont été empêcher d’atterrir par l’armée américaine : le CARICOM, le Caribbean Community, Médecins Sans Frontières, le Brésil, la France, l’Italie, et même la croix-rouge. Aucune mention dans les médias occidentaux des 400 médecins cubains œuvrant déjà sur place. Par contre 10 000 marines ont été déployés avec la rapidité de l’éclair et les premiers jours ont été passés a évacuer du « matériel sensible » vers Guantanamo.

Ça sent le Katerina Revival à plein nez. Il ne manque que Black Waters. Pour mesurer le cynisme des élites américaines, il n’y a qu’à lire les réactions en amont de la chaîne de commandement. L’Heritage Foundation, ce think tank conservateur au cœur de la propagande, publie sur son site, le jour même de la catastrophe, ce délicat communiqué :

ttp://blog.heritage.org/2010/01/13/things-to-remember-while-helping-haiti/

Today, the United States began surveying the damage inflicted by a devastating earthquake in Haiti this week. In addition to providing immediate humanitarian assistance, the U.S. response to the tragic earthquake should address long-held concerns over the fragile political environment that exists in the region.

Concernant Haîti, le « long held concern » de l’Heritage Foundation a toujours été de s’assurer que les sweat shops géants de Wal-Mart et de Walt-Disney ne subissent aucune entrave dans leur course aux bas salaires. On est rassuré.

President Obama should also reach out to a senior Republican figure, perhaps former President George W. Bush, to lead the bipartisan effort for the Republicans.


Ils envoient au front Clinton et Bush !!! Ces hommes qui ont maintenu Haïti la tête sous l’eau depuis deux décennies.

Pour mémoire, Aristide, le seul président démocratiquement élu de l’histoire d’Haïti, a été chassé du pouvoir en 91 par le père Bush, puis réintégré sous Clinton avec promesse de montrer patte blanche à l’agenda néo-libéral, puis à nouveau chassé définitivement par Bush fils en 2004

While on the ground in Haiti, the U.S. military can also interrupt the nightly flights of cocaine to Haiti and the Dominican Republic from the Venezuelan coast and counter the ongoing efforts of Venezuelan President Hugo Chavez to destabilize the island of Hispaniola.

Les gars du comité qui rédigent ce truc doivent se fendre la pêche!!! C’est littéralement le monde à l’envers!!! Haïti est une plaque tournante pour les livraisons de coke en provenance de Colombie à destination des Etats-Unis sous contrôle de la CIA et non de la gauche bolivarienne. Ces choses sont mieux connues depuis l’ère Reagan et le scandale Oliver North.

This U.S. military presence, which should also include a large contingent of U.S. Coast Guard assets, can also prevent any large-scale movement by Haitians to take to the sea in dangerous and rickety watercraft to try to enter the U.S. illegally.

Des hordes d’haïtiens qui envahissent les côtes américaines… Du « short term concern » prioritaire bien sûr. Que de sensibilité et de grandeur d’âme dans ce pragmatisme WASP.

Meanwhile, the U.S. must be prepared to insist that the Haiti government work closely with the U.S. to insure that corruption does not infect the humanitarian assistance flowing to Haiti.

Il faudra s’assurer que la structure hiérarchique de corruption se redéploie le plus rapidement possible dans les termes habituels, au minimum. Vite un vaccin contre l’infection s’il vous plaît !

Long-term reforms for Haitian democracy and its economy are also badly overdue. Congress should immediately begin work on a package of assistance, trade, and reconstruction efforts needed to put Haiti on its feet and open the way for deep and lasting democratic reforms.

Blablabla reconstruction.. Blablabla… Moi quand j’entends le mot reconstruction dans la bouche de Sauron, je pense à l’Afghanistan et ça me donne un ti-frisson.

The U.S. should implement a strong and vigorous public diplomacy effort to counter the negative propaganda certain to emanate from the Castro-Chavez camp. Such an effort will also demonstrate that the U.S.’s involvement in the Caribbean remains a powerful force for good in the Americas and around the globe.


Danny Laferrière a cité Graham Green qui décrivait l’haïtien comme un acteur, et souhaité que les masques tombent.

Mais comment mordre la main qui nous nourrit quand on est aux frontières de la mort ?

Powerful force for good !!!

Ils ne nous épargneront aucune disgrâce. Ils ont le monopole du bien.

mercredi 13 janvier 2010

Solidarité pour Haiti

Je ne suis pas croyant. Pas assez courageux pour être totalement athée. Agnostique donc.

Quand je vois cet océan de malheur qui secoue Haïti, je me demande si les gens qui ont la foi résistent mieux à l'absurdité de la vie. Et je pense à Voltaire et à son Candide. (Voltaire avait assisté au spectacle désolant d'un tremblement de terre à Barcelone si je me rappelle bien.)

Mais enfin, comment un Dieu tout puissant pourrait tolérer un tel amoncellement de malheurs en si peu de temps sur un si petit territoire?

Comme je me sens impuissant ! Malgré tout, j'offre ce soir, au peuple haïtien, ces quelques mots de solidarité jetés dans l'espace virtuel, comme d'autres offriront leur prières sincères.

vendredi 8 janvier 2010

"L'aut' histoire de l'indépendance" de Pierre Dubuc

Pendant les fêtes, j’ai lu « L’aut’ histoire de l’indépendance »
de Pierre Dubuc publié en 2003.

L’auteur analyse l’évolution des pensées de droite et de gauche à la fin des années soixante-dix, qui ont contribué à affaiblir le mouvement souverainiste. D’un côté, il analyse les mouvements Maoistes et Trotskytes, qui embrassent souvent, sans en être pleinement conscients, les orientations « chartistes » à la British. De l’autre, il passe au peigne fin le rôle de Claude Morin, agent de la GRC et probablement aussi de la CIA, à l’intérieur du Parti Québécois, et le rôle plus large de Paul Desmarais dans tout le processus.

Une de ces conclusions m’a particulièrement frappé :

« (…) De façon générale, comment expliquer que René Lévesque ai fait de Claude Morin son principal conseiller, son stratège ?(…) La réponse se trouve peut-être dans une longue entrevue que René Lévesque accordait en 1972 au journaliste Robert McKenzie du Toronto Star. Fortement ébranlé par l’arrestation massive de sympathisants du Parti Québécois en octobre 1970, René Lévesque avait confié aux journalistes :

«C'est là que j'ai constaté, devant l'évidence, qu'ils tenteraient n'importe quoi, y compris les attentats à la bombe simulés et autres ruses machiavéliques auxquels peut recourir un pouvoir qui se sent menacé » Au même moment il prenait connaissance des projets d'invasion du Québec dans le cadre de l'opération Neat Pitch et de la volonté des militaires canadiens de transplanter en sol québécois l'expérience de l'Irlande du Nord. Un an plus tard, c'était le coup d'état au Chili, orchestré par Washington. On imagine facilement que la pression pouvait être considérable sur les épaules de Lévesque. Aussi, quand Claude Morin lui offre une porte de sortie, il s'empresse de s'y engouffrer. L'étapisme lui permet, à lui aussi de "gagner du temps", afin d'éviter l'affrontement qu'il pensait inévitable."

On peut également émettre l'hypothèse que René Lévesque savait depuis longtemps, sans en connaître nécessairement les modalités, que Claude Morin entretenait des liens avec les services secrets canadiens et qu'il y voyait le canal par lequel il pourrait négocier la souveraineté-association (ou un quelconque statut particulier pour le québec) avec le gouvernement fédéral.»


À partir de ces hypothèses, une foule de question serait intéressante à débattre. À commencer par se demander si Lévesque a eu raison de vouloir à tout prix éviter l'affrontement et de taire tout ces enjeux. Débat éthique et stratégique.

Et j’avoue que je n’arrive pas à me faire une idée.

Si Lévesque avait renvoyé Morin, et qu’il avait jouer carte sur table, si le PQ s’était dirigé vers une indépendance rapide sans référendum, qui sait comment on aurait pu faire pour se débattre devant une invasion armée dans l’état de non-préparation militaire qui nous caractérisait ? A-t-on bénéficié de sursis de plusieurs décennies du point de vue de nos orientations sociales en adoptant une stratégie aussi conciliante ? Aurions-nous pu aller beaucoup plus loin en défiant l’empire ou aurions-nous été écrasés comme des mouches et serions-nous retourné à l’âge de pierre ?

Bonne année à tous