Je m’en rappelle comme si c’était cet après-midi. C’est vrai que ça fait pas si longtemps. Trois ans peut-être ? On était au studio "Chair de poule" un studio de gros calibre avec un super technicien anglo flegmatique comme il se doit. On enregistrait les feuilles mortes. C’était moi qui payait.
Bin, c’était pas tout à fait vrai. C’est que le propriétaire du studio, Thomas, y thrippait sur les gadgets de sons et les instruments «vintage». Ça s’adonnait que j’avais acheté une stratocaster 59, pour une bouchée de pain à une connaissance qui ne connaissait pas la valeur de l’engin. Je l’avais fait évaluer et lui avait dit candidement que si il me la refilait à ce prix là, il me faisait un très gros cadeau. Elle n’avait pas toutes ses pièces originales et avait été décapée et repeinte tout croche. Mais elle avait un son remarquable, un petit son un peu aigre et très tranchant et elle était d’une justesse inouïe. Mais, comme je suis sommes toute, un guitariste plutôt ordinaire, je me sentais mal de jouer avec cette guitare et j’étais angoissé à l’idée de me la faire voler dans un club. Aussi, quand Thomas a commencé à me têter pour l’obtenir, je n’ai pas été long à me décider de la lui à céder en échange d’une honnête télécaster des années 80 et du temps de studio.
Fais que me voilà donc avec du temps de studio et pas vraiment de chansons à moi dont je suis satisfait. Tiens, c’est bien la première fois qu’une chose pareille m’arrive me dis-je… Fais que je décide de me payer un démo de jazz pour tenter un nouveau marché. Plus tard j’ai commencé à prospecter, et quand j’ai vu que les dernières gigs de jazz à 75 $ la soirée était des chasses gardée de profs d’universités et de virtuoses internationaux, je me suis ravisé. J’ai récupéré cette cession et, avec d’autres bandes, je me suis fait un album de chanson française dont je suis encore très fier mais qui ne m’a servi à peu près à rien, tant cette musique appartient à un ancien monde démodé, un thrip de musicologie plus qu’autre chose quoi…
Toujours est-il que je m’étais donc payer un drum, une contrebasse, une guitare électrique, un accordéon et un saxophone.
On fait les bed-tracks tout le monde ensemble.
À la pause, le sujet tombe sur Bush et compagnie. Tout le monde se dit que les démocrates vont rentrer bientôt pi que ça va se tasser. Je m’énarve et j’essaie d’expliquer que ça n’a plus rapport avec la couler des partis (même si ça n’en a jamais vraiment eu anyway) pi que depuis le 11 septembre, les paradigmes ont changés.
« Bin non J-F, les démocrates vont rentrer, pi la guerre va s’arrêter là ! » C’était unanime…. J’étais abasourdi de voir que cette conviction était inébranlable chez tous ces musiciens sensibles et intelligents. En tout cas, ceux qui pensaient autrement ne le manifestaient pas
Plus tard, j’ai fait face à ce discours constamment. Le point culminant fut dans des échanges avec un bassiste docteur en socio qui me tenait le même discours avec cette confiance inébranlable : « Ça va très bien : le taux de chômage est au plus bas et les québécois font des enfants. L’an prochain, les démocrates vont rentrer pi les troupes vont r’venir à la maison »….
Encore la semaine dernière, un grand pianiste de concert, activiste de gauche infatigable et sincère, prêtait à Obama des intentions pacifistes avec la plus grande énergie. Les détracteurs de ce grand président étaient des empêcheurs d’espérer en rond, des semeurs de « self-fullfilling prophecy. »
Je reviendrai sur ce concept une autre fois. Il suffit de dire que ce concept a été inventé par un charmant « sociologue » de l’université Rockefeller du nom de Robert K. Merton.
http://en.wikipedia.org/wiki/Self-fulfilling_prophecy
Au fond, c’est vrai que c’est peut-être à cause de moi. J’aurais peut-être du dire comme les autres que tout allait bin aller pi envoyer des ondes positives. La preuve ? Obama est au pouvoir depuis un an et y’a rien de nouveau sur le front de l’Irak. Cette semaine, il envoit trente milles soldats additionnels en Afghanistan pour protéger un régime d’extrémistes religieux, violeurs, corrompus et impénitents et fournir à la CIA un marché de plus de cent milliards de dollars en héroïne. Sans compter les stratégies d’encerclement de la Russie et de la Chine et de protection des pipe-lines d’UNOCAL qui demeurent inchangées.
Vraiment, plus j’y pense, plus je me rends compte que c’est de ma faute. J’envoie trop d’ondes négatives.
C’est une chanson qui nous ressemble
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais
Mais la vie sépare ceux qui s’aiment
Tout doucement sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis
(Jacques Prévert)
mercredi 2 décembre 2009
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