lundi 20 février 2012
mercredi 11 janvier 2012
Mohamed Lotfi: 2012 la fin des mots ?
samedi 24 décembre 2011
Régine Robin et le joyeux sapin
La semaine dernière, dans une interview à Radio- Canada à medium large, la sociologue Régine Robin de l'UQAM défendait son livre "nous autres, les autres"
Pour faire un raccourci malhonnête, à cause du regard qu'elle sent posée sur elle à cause de son accent français, la chère dame ne se sent pas chez elle au Québec malgré qu'elle y réside depuis trente ans. Il faut dire qu’elle ne se sent pas chez elle, particulièrement, dans les « cercles intellectuels nationalistes », pour peu qu’il existe encore de tels cercles.
Ce membre en règle de la société royale du Canada se propose donc d’en découdre courageusement avec « le consensus » maintenant qu’il a volé en éclats. C’est Robert Lévesque, de chez Boréal, qui a eu la brillante idée de confier la direction d’une série d’essais sur l’identité à l’éminente sociologue, pour « sortir des sentiers battus ».
Voilà donc Régine Robin qui passe au batte le "nationaliste identitaire" québécois. Celui qui rouspète quand les nécrophages s’agitent autour du cadavre froid de la souveraineté nationale. La chère dame se scandalise de l’accueil tumultueux qu’ont reçu les recommandations de la commission Bouchard-Taylor et son balayage sous le tapis par le gouvernement Charest. Le multi-culturalisme militant de Charles Taylor n’est pas encore allé assez loin à travers la charte des droits et libertés canadienne! Il faudrait que le gouvernement québécois s’en fasse le promoteur zélé !
Puis c’est au tour de l’affaire Michael Jean . Lors de la nomination de l’ex speakerine de Radio-Cadenas comme gouverneure-générale, l’écrivain, Victor-Lévis Beaulieu l’avait dépeinte sous les traits d’une reine-nègre. Oh scandale ! La rectitude politique empêcherait le pamphlétaire de récupérer l’expression roi-nègre qui décrit la fonction d’esclave désigné par le colonialiste pour asservir la tribu en son nom. Pourtant, c'est exactement le rôle qu'a décidé d'endosser Michael Jean en acceptant ce poste.
Dans ce triste épisode, les circonstances sont importantes. Madame Jean n’était pas seulement une présentatrice de nouvelle sans histoire. Elle était la conjointe de Jean-Daniel Laffond, intellectuel de gauche indépendantiste dans les années soixante-dix, quatre-vingt. Devant le tollé soulevé au Canada anglais par les révélations sur son passé, le gouvernement fédéral avait exigé que la nouvelle gouverneure générale déclare n’avoir jamais eu la moindre velléité indépendantiste au mépris de la vérité la plus élémentaire. Du pur révisionnisme fédéraliste.
Nul ne conteste le droit démocratique de madame Jean et de son prince consort de changer d’idée et de camp, que ce choix soit motivé par le dévouement à la cause des noirs, des femmes, des handicapés et de tous les canadiens coast to coast ou simplement par un pur opportunisme carriériste.
On se serait attendu, en contrepartie, qu’on ne conteste pas le droit des intellectuels nationalistes d’attaquer leurs ennemis quand ces derniers mentent publiquement comme des arracheurs de dents.
Mais Madame Robin, au contraire, en a contre l’absence de réplique à ses malheureuses "dérives". À l’entendre, face aux souverainistes ulcérés, les répliques tièdes ne venaient que des poules mouillées, y compris celle des représentants de la communauté noire, comme Dany Laferrière, qui, pris entre deux chaises, (comme c’était le but de la manœuvre) n’ont pourtant pas eu le choix que de prendre parti pour la gouverneure générale.
En début d’interview, la sociologue a qualifié le gouvernement Harper d’exécrable, en insistant sur le fait que la question identitaire québécoise est sans rapport avec la nature du régime fédéral actuel. Admettons qu’elle n’a pas tort, quoiqu’il y aurait matière à débat. La question lancinante que cela implique est que l’engagement citoyen, au-delà du nationalisme québécois en déclin, doit passer par les institutions canadiennes.
Un épisode du mandat de la représentante de la reine démontre pourtant, de manière éloquente me semble-t-il, la justesse d’un sain scepticisme face à toutes tentatives de réforme à l’intérieur de ces institutions. Lorsque Stephen Harper décida de proroger la chambre alors qu’une coalition se dessinait entre les libéraux, les bloquistes et les néo-démocrates pour renverser son gouvernement de plus en plus autoritaire, que fit la gouverneure générale, qui avait pourtant légalement la légitimité constitutionnelle (quoique pratiquement jamais utilisée) pour interdir ce coup de force ? Comme il fallait s’y attendre, elle ne fit rien. Stephen Harper prorogea la chambre. Désormais à la tête d’un gouvernement conservateur majoritaire, élu avec une minorité de voix, cet autocrate dirige le pays d’une main de fer, et ce, malgré que les québécois aient sacrifié leur véhicule politique privilégié jusqu’alors, le Bloc Québécois.
Aussi intéressantes que soient les recherches en sociologie même quand elles sont teintées de relativisme à la sauce « cultural-studies » post-colonialiste, Michael Jean demeure une traîtresse opportuniste.
Quant à Régine Robin, elle pourra sûrement conforter son opinion en accusant les intellectuels souverainistes « radicaux» d’être la cause de l’irrationalité identitaire qui me manquera pas de s’emparer du peuple québécois dans les prochaines années, confronté, comme il le sera de plus en plus, à l’incapacité de déterminer son propre destin collectif. Les récents débordements absurdes concernant l’utilisation du sapin de noël dans l’espace public ou la nomination d’un « coach » unilingue anglophone à la tête du club de hockey canadien ne sont, j’en ai bien peur, que les inquiétantes prémisses d’une telle irrationalité.
Pour moi, c’est au contraire, Régine Robin, avec sa croisade anti-nationaliste et multi-culturaliste tout azimut, qui contribue le plus, comme plusieurs de ses éminents collègues, à jeter de l’huile sur le feu qui couve.
Joyeux sapin à tous !
lundi 28 novembre 2011
Négationniste
Si, à tout l’moins, sous les ordres d’un poltron
Vous ne traitiez de négationnistes
Tous les sceptiques du grand bobard
Si , dans vos colloques socio-bidons
On parlait moins des créationnistes
Que des acteurs clés de l’histoire
Les actionnaires du 10 septembre
Standard Oil ou Goldman Sachs
Zbigniew et ses pays membres
Ou la faction du camp d’en face
Si au moins on n’avait pas cette détestable impression
Que vous ne trembliez pas tant pour votre pauvre job de serf à stylo
Ou à micro, selon le budget
Que vous ne trembliez pas tant pour votre belle bibliothèque
Remplie de romans à l’eau de patates
Et d’ouvrages de philo reliés en peau de néant comme dirait le grand Boris
On aurait l'indulgence de se dire :
Vous y croyiez vraiment à ce boulevard de bas-étage ?
Vous seriez mûr pour le construire vous-même votre camp de toutes les concentrations ?
Oh je peux bien être diffamé
Pour fatal délit d’opinion
Je serai pas dur à réformer
Devant la strap et le bâton
En attendant, je vous observe
Et si, à la moindre objection,
On n’vous voyait festoyer à l’uranium
À grand coup d’crosse de canon
En invoquant les droits de l’homme
Et en traitant de criminel
Les rares poseurs de questions
Militant sans parti pris pour les rebelles
Ou commandant d’un escadron
Auteur génial et prix Nobel
Ou encore simple chef de nation
Où se trouve-t-elle la patrie d’Habermas de mes deux ?
La patrie constitutionnelle ?
Celle qui doit remplacer l’état souverain ?
Mais qui n’ose même pas l’anarchie ?
Dans la déclaration universelle du conseil de sécurité ?
Dans le Patriot Act sans frontière qui suspend tout sens commun?
Dans l’anus purulent des courtisans de la cour pénale internationale ?
Combien de débats houleux de l’histoire
Sont menés par ces molosses
Ces grands gardiens du grimoire
Qui dépècent le réel jusqu’à l’os ?
Ces gardiens de la vieille morale du goupillon
Ces pleureuses de vessies de la gauche larmoyante
Ces travestis de justice de pacotille
Ces grands prêtres du théâtre de psycho-pop à deux sous
Avec leur show de glace sèche, leurs écrans trois-dimensions
Pour grand-guignol caritatif
Ils prèchent le Ghandisme
À grand coup de menaces et démesure
Sur le dos d’un futur vassal déchu
Ils militent pour la terreur de l’Empire
Au nom du dieu démocratie
Au nom du dieu constitution
Au nom du théorème de la pâte à crêpe
Qui ferait bien marrer Newton
Ou de la valse de la balle magique
Qui f'rait saliver les Daltons
Au nom des passeports de papier
Des Boeing volatilisés
Des cellulaires inatteignables
Et des cuters indétectables
Aux radars assourdis du capital
Ils prêchent la solidarité du nœud coulant
Au nom du sosie du grand Sadam
S’là coulant douce aux Philippines
Peut-être bien
Ou du fantôme de Ben Laden
Mort dix milles fois à la une
Au nom du Charnier de Ceausecu
Et de la traque de Noriega
Au nom de la belle Nayrah,
La fille de pute Koweitienne
Ses fausses larmes de diamants
Ses faux poupons, ses faux martyrs
Et sa vraie grosse guerre de pétro-sang
Au nom de l’assassinat d’Arbenz au portes du Guatemala
Au nom de celui de Lumumba qui retentit toujours au Congo
Et de celui d’Allende et de celui de Khadaffi
Au nom du golf de Tonkin
Des marines de Pearl Harbour
Au nom des fils de Kaboul
De Fallujah, d’Hiroshima
Ou de Phnom Pehn
Combien de crimes d’humanité
Le Pentagone perpétrera
Pour être enfin considéré
Sur le même pieds que la Shoah ?
Combien de chaire d’études à gages ?
Combien d’universitaires complices ?
Combien d’écrivains du dimanches ?
Combien d’humoristes à gogo ?
Combien de scientistes à pilules ?
Combien de star atomisées,
De diplômés des vendettas
Pour bâillonner les cris d’alarmes
Les cris du cœur de l’espèce
Pour mettre la camisole de force
Aux indignés du grand cartel ?
Faut-il encore répéter la question ?
Combien de crimes d’humanité
Le Pentagone perpetrera
Pour être enfin considéré
Sur le même pieds que la Shoah ?
Au minimum
Non je ne préfère pas les Talibans
Leurs crimes odieux et leurs supplices
Mais je comprends leur attachement à leurs montagnes
Et au moins ce qu’ils obtiennent, ils le gagnent
À la force du poignet et du tire-poids
Et je sais que, pour peu que je terrasse mes propres drones
Les jeunes filles en fleurs de Kandahar
Leurs décapiteront la tête à tout jamais
vendredi 25 novembre 2011
Maze, Claude Marotte et le métissage
Quand j'étais jeune, y'avait un critique dans le Voir, un critique de musique pop qui, notoirement, n'avait aucun sens du rythme et étalait son inculture à pleines pages. Chaque semaine, je prenais un plaisir morbide à le lire en maugréant. Décidemment, je préférais mille fois la savante mauvaise foi d'un Robert Lévesque en littérature ou la docte acidité injustifiée d'un Claude Gingras en musique classique. Au moins, avec eux, j'apprenais toujours quelques choses. Et puis un jour, Morron Sauté est enfin parti. Il est allé faire de plus grands dommages à la programmation des francofolies.
Comme je ne regardais que très peu Musique Plus à l'époque, n'ayant pas le câble, je ne m'étais jamais sérieusement penché sur le cas de Claude Marotte. Quand bien même je pouvais détester l'homme et encore plus ses goûts, je me sentais toujours un peu obligé de reconnaître chez lui, un certain souci du détail, de la mise en contexte minimum et même, parfois, du choix de vocabulaire, ce qui tranchait avec le reste de la profession de critique de musique pop.
Mais aujourd'hui, patatras !!! Pendant que je prends mes mails, ma fille écoute Musique Plus où Marotte reprend du service après s'être fait remercier de Radio-Cadenas. Et c'est là que je réalise à quel point je suis dans le champ sur son compte.
Il présente, parmi d'autres, un groupe québécois: Maze. Il nous met en garde: c'est du Trad québécois, un genre de musique qui lui fait dresser les poils sur les bras en temps normal. Mais pas Maze parce que son leader, étant d'origine Syrienne, et ayant des influences provenant entre autres du jazz, de John Zorn ou de Bella Fleck, Marotte trouve intéressant le métissage en cours.
La mâchoire m'en tombe.
Je connais le leader, Marc Maziade, de son vrai nom. Son grand-père était Syrien d'origine, certes, mais établi au Saguenay dans les années trente. Marc a grandi à Montréal. Je connais très bien l'un des co-concepteurs de l'album. Pour l'influence syrienne euh....bon, j'avoue que moi j'ai rien perçu. Oui, on peut reconnaître l'influence de Bella Fleck, un maître du banjo américain. Mais personnellement, je trouve ce disque bien meilleur que du Bella Fleck.
Que Marotte, dans sa grande mansuétude et ouverture d’esprit, appuie la démarche de Maze, c'est très bien. Qu'il se sente obligé de se distancier a priori du Trad québécois, c'est son droit le plus strict. On pourrait toujours arguer que tous les goûts sont dans la nature, encore que je doute fort de pouvoir jamais recenser un seul critique de musique à Cuba, à Tel Aviv ou à la Nouvelle-Orléans qui oserait afficher un tel a priori négatif envers les racines de sa propre culture. Par contre, pour la fiabilité de la mise en contexte, c'est double zéro. Et comme mentalité de colonisé multi-culturel à marde, on ne fait pas mieux.
Ça n'est pas nouveau, ce pauvre peuple québécois est depuis longtemps dominé par une élite de morrons finis prêts à l'enterrer vivant. Emmenez-en de l'altérité factice subventionnée par la feuille d'érable !!!!
TABARNAK !
PS: Pour être bien clair:
Les critiques: Laurent Saulnier et Claude Rajotte
L'artiste: Marc Maziade
Son groupe: Maze
Le disque: Téléscope
L'un des co-concepteur: Robin Bouliane
mercredi 16 novembre 2011
Salon du livre
lundi 7 novembre 2011
La solde d'Éric Mc Comber

Éric McComber
La Solde
Comme vous le savez, mes innombrables lecteurs, je n'ai aucune prétention à l'objectivité sur ce blogue. Aussi je prends quelques minutes pour y aller d'une dithyrambe à propos du dernier roman de mon copain Éric McComber.
La solde raconte l'histoire d'un aspirant-écrivain trentenaire, Émile Duncan, qui travaille dans une imprimerie déglinguée, à la révision de calendriers scolaires destinés au marché américain. Ses compagnons d'infortunes: "Échoués-là: au salaire minimum, un ingénieur , une anthropologue, une écrivaine, une docteure en histoire de l'art" (p45). Dans le décor à la fois magnifié et enlaidi du plateau mont-royal, il erre d'aventures féminines truculentes, en scènes familiales cocasses, tout en évoquant les petits désespoirs quotidiens en ce début absurde de nouveau millénaire.
Deux petits extraits :
""Pas capable les chiens ! ….Ça bave, ça salive, les poils drus, dégoûtants, la truffe fouineuse, l'odeur, l'attitude soumise, stupide, dépendante…Ça me rappelle trop les musiciens. Ça me rappelle trop moi…"(p.97)
" J'inventorie le bonhomme…(…)Une libellule de gras…Comme je me reconnais. Cet homme est l'avenir de l'occident. Je contemple notre monstrueux destin collectif.(..) Le frère de Josée a fait deux crises cardiaques après six ans de ce régime. Yes we can. Il a fallu ouvrir la toiture de sa maison suphypotquée pour l'extraire au treuil. Moi j'aime ! Il vit maintenant dans un hôpital spécial pour monstres. Just do it ! Là sont parqués, loin des regards, les explosé du rêve américain, les anomalies, pelures, raclures, épluchures, cendres calcinés dans le tiroir à merde au fond de la machine. Faites vous plaisir ! La mécanique met tant d'effort à convaincre le citoyen normal de se gaver comme une truie… Laissez voyager vos sens ! Ceux qui ne résistent pas, qui sont en passe de faiblesse, qui sont roulés en boule au fond d'eux-mêmes par les circonstances, l'isolement, la défaite, l'humiliation, la terreur, ceux-là se prennent les ordres de plein fouet et…obéissent. Enjoy ! (p. 149)
Jubilatoire. Excellent rythme. Grande concision.
Vous aurez l'occasion d'en entendre des extraits lors des cinq à sept
mardi 8 novembre à L'escalier : 522 Rue Sainte-Catherine Est (514) 670-5812
lundi 14 novembre : au Pas Sages 951 Rachel est Tel: (514) 522-9773
J'y pousserai la chansonnette en bonne compagnie.
Le site de l'auteur: Roule ! Rosie Roule !
mardi 25 octobre 2011
Tous égaux dans l'indignité
Aujourd'hui il m'est apparu un angle. Un petit angle.
Je pensais aux indignés de Wall Street ou de Montréal et le financement de ces mouvements par les fondations de Soros et compagnies. Et je pensais au lien entre les mots indigné et indignité.
Au moment de la prise de Tripoli, les reporters de Radio-Can ont souhaité ardemment que tout se passe bien afin d'éviter le bain de sang. Puis graduellement, en s'appuyant sur Human Right Watch et Amnesty International, ils ont du se résigner avec dépit, à tirer la sonnette d'alarme. Je les vois déjà d'ici quelques temps marteler leur indignation impuissante avec ostentation devant le sort réserver aux noirs de Lybie et la responsabilité manifeste de ces massacres attribuables à nos alliés, ces milices rebelles subitement devenue incontrôlables.
Comme nous, pauvre paumés que nous sommes et qui lisons autre chose que les médias de masse, savons déjà depuis le mois d'avril que les milices d'Al Quaida entrainés par les forces spéciales du MI6 et de la CIA, vétérans d'Afghanistan, d'Irak et de Guantanamo, sont omniprésents au sein du Conseil National de Transition, comme nous savons déjà aussi depuis le mois de juillet, que l'épuration ethnique envers la minorité noire majoritairement solidaire de Khaddaffi était déjà solidement avancée, il est impossible que ces commentateurs politico-médiatiques ne soient pas au moins vaguement au courant.
Je me demande alors comment ils s'accomodent de tout ça avec leur humanitarisme larmoyant de façade. Comment ils se regardent dans la glace le matin, ces gens que parfois, il y'a quelques mois à peine, je considérais avec respect. Mes alliés de la gauche.
Et je me demande comment nous, les occidentaux, collectivement, arrivons à nous accomoder de ces atrocités fait au pays d'Afrique le plus avancé sur le plan du développement humain, au moment ou sévit chez nous, la pire crise économique de l'histoire du capitalisme avec ce ratio d'inégalité sociale entre le salaire du travailleur moyen et celui du grand patron approchant un pour cent-cinquante, au moment où cinquante millions d'américains vivent sur les food stamp, où les banquiers continuent de jetter les familles et les travailleurs à la rue, au moment où sévit l'une des plus grande crise de légitimité démocratique ? Comment arrivons-nous à nous auto-aveugler à ce point ?
Se pourrait-il que psychologiquement, la réponse se trouverait ici. N'est-il pas intolérable que les Lybiens ne soient pas aussi mal en point que nous ? Ne méritent-t-ils pas de retourner à l'âge de pierre cybernétique ?
Eux qui, avant l'invasion bénéficiaient des avantages sociaux suivants:
Eau,électricité gratuite, prêts de banques sans intérêts, pas d'impôt ni de TVA. Avec un coût de la vie cent fois moins élevés qu'en occident, le prix de l'essence à 0,08 Euros, le prix d'achat de voitures au cost de l'usine, 1500 $ Euros par mois pour les étudiants à l'étrangers, salaire garantie au diplômés finissants même s'ils sont au chômage, première maison gratuite pour un couple nouvellement marié, 300 euros d'aide familial, 200 Euros par mois pour les retraités etc... etc..
(merci à Anonyme et son lien)
Se peut-il qu'aux yeux de tous ces grands intellectuels de la gauche occidentale, tous ces journalistes, tous ses bien pensants ce soit finalement totalement intolérable que d'autres peuples ait fait des choix politiques plus courageux que les nôtres avec notre pseudo-démocratie de merde et notre esties de fausse libertés American Idol à la noix ?
Désormais ce sera d'avantage tolérable ? Les libyens seront comme nous: tous égaux dans l'indignité et l'absence d'espoirs, mais juste un petit peu plus morts que nous ?
Indignés ! Mes chers concitoyens du parc Zucotti ou de la place Victoria qui campez pour protester contre les "excès du capitalisme" je ne sais pas encore si vous l'êtes assez.
Mais vous, les vendeurs du temple qui travaillez pour les chaires d'études ou les grands médias je sais que vous êtes tout simplement indignes de la fonction que vous occupez.
Lorsque l'humanité se sera définitivement et totalement anihilée dans sa frénétique course aux bombardements humanitaires à l'uranium appauvri, j'espère sincèrement que le tribunal des étoiles sera clément envers vous.
vendredi 14 octobre 2011
Média-mensonges sur la Libye
Les déclarations du régime libyen, en revanche, font à peine l’objet d’une couverture médiatique et lorsqu’elles sont mentionnées, elles servent davantage à discréditer le régime.
[Les gens du régime] étaient totalement dans le déni. Le porte-parole du gouvernement et ministre des communications Moussa Ibrahim […]reprochait aux rebelles et surtout à l’OTAN 1300 morts disait-il, à Tripoli, de sorte que les hôpitaux ne pouvaient pas fournir […] Ibrahim disait « ils sont en train de détruire notre belle ville paisible […et] demandait à l’OTAN d’arrêter les bombardements afin que les deux partis, rebelles et gouvernement, puissent négocier, ce qui n’est vraiment pas réaliste […] (Marc Laurendeau,C’est bien meilleur le matin, Radio-Canada, 22 août 2011. C'est l'auteure qui souligne.)
Selon cette analyse, la diplomatie n’est pas réaliste. Demander à l’OTAN de cesser des bombardements intensifs parce que les hôpitaux sont bondés n’est pas réaliste.
Je rajoutes sur le même ton, ce commentaire sur la chronique de mon préféré, François Brousseau jeudi soir Désautel à Radio-Canada. Il commente le rapport d'Amnystie International sur les exactions du CNT qui vient de sortir.J
jeudi 13 octobre 2011
Hugo Chavez à l'ONU: Recoloniser la Libye pour s’approprier ses richesses
Extrait du discours d'Hugo Chavez à l'ONU tiré de mondialisation.ca.
Nous ne voulons pas la paix des cimetières, comme disait Kant ironiquement, mais une paix fondée sur le respect le plus jaloux du droit international. Or, l’ONU, tout au long de son histoire, loin de consentir et de multiplier des efforts pour assurer la paix entre les nations, a fini, hélas, par avaliser, tantôt par action, tantôt par omission, les injustices les plus impitoyables.
Depuis 1945, les guerres n’ont fait qu’augmenter et se multiplier inexorablement.
Je veux lancer un appel à la réflexion aux gouvernements du monde : depuis le 11 septembre 2001, une nouvelle guerre impérialiste sans précédents historiques a commencé, une guerre permanente, perpétuelle.
Nous devons regarder sans ciller la réalité terrifiante du monde où nous vivons […] Pourquoi les États-Unis sont-ils le seul pays à semer des bases militaires sur la planète ? De quoi ont-ils peur pour se doter d’un budget si faramineux qui ne vise qu’à accroître toujours plus leur puissance militaire ? Pourquoi ont-ils déclenché tant de guerres, violant la souveraineté d’autres nations qui ont les mêmes droits qu’eux de régir leurs destinées ? Comment le droit international peut-il primer contre leur volonté insensée d’asservir militairement le monde afin de garantir les sources d’énergie qui leur permettront de perpétuer leur modèle prédateur de surconsommation ? Pourquoi l’ONU ne fait-elle rien pour freiner Washington ? […] l’Empire s’est arrogé le rôle de juge du monde alors que personne ne lui a octroyé cette responsabilité […] la guerre impérialiste nous menace donc tous.
Washington sait bien que le monde multipolaire est une réalité d’ores et déjà irréversible. Sa stratégie consiste à freiner à tout prix la montée soutenue d’un ensemble de pays émergents […] il s’agit pour lui de recomposer le monde en fonction de son hégémonie militaire.
Qu’y a-t-il au fond derrière cette nouvelle Apocalypse ? Le pouvoir tout-puissant de la clique militaro-financière qui est en train de détruire le monde pour accumuler toujours plus de profits, qui est en train de soumettre de fait un ensemble d’États toujours plus grand. Ayez à l’esprit que le mode d’être du capital financier est la guerre : la guerre, qui ruine les grandes majorités, enrichit une infime minorité jusqu’à l’impensable.
Une gravissime menace pèse dans l’immédiat sur la paix mondiale : le déclenchement d’un nouveau cycle de guerres coloniales qui a démarré par la Libye dans le but sinistre de donner un second souffle au système capitaliste mondial, aujourd’hui en pleine crise structurelle, mais à la surconsommation vorace et destructive duquel nulle limite n’est jamais imposée.
L’humanité est au bord d’une catastrophe inimaginable : la planète s’achemine inexorablement vers l’écocide le plus dévastateur ; le réchauffement global l’annonce à travers ses conséquences épouvantables, mais l’idéologie de Cortès et de Pizarro au sujet de l’écosystème, comme le dit bien le notable penseur français Edgar Morin, les pousse à continuer de saccager et de détruire […] La crise énergétique et la crise alimentaire s’aggravent, mais le capitalisme continue de passer impunément toutes les bornes.
[…] le grand scientifique étasunien Linus Pauling, récompensé à deux reprises par le Prix Nobel, continue de nous éclairer la route : je crois qu’il existe dans le monde un pouvoir plus fort que le pouvoir négatif de la force militaire et des bombes atomiques : le pouvoir du bien, de la moralité, de l’humanisme. Je crois dans le pouvoir de l’esprit humain. Mobilisons donc tout le pouvoir de l’esprit humain : il est plus que temps. Il faut déclencher une grande contre-offensive politique afin d’empêcher les pouvoirs des ténèbres de trouver des justifications pour se lancer dans la guerre, pour déclencher la guerre mondiale généralisée par laquelle ils prétendent sauver le capitalisme occidental.
Il faut vaincre politiquement non seulement les bellicistes, mais surtout la clique militaro-financière qui les alimente et les dirige.
Bâtissons l’équilibre de l’univers qu’avait perçu le Libertador Simon Bolivar : l’équilibre qui, selon lui, ne peut découler de la guerre, l’équilibre qui naît de la paix.
Le Venezuela, aux côtés des pays membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique (ALBA), a prôné activement un règlement pacifique et négocié du conflit libyen. Tout comme l’a fait l’Union africaine. Mais c’est la logique belliciste décrétée depuis le Conseil de sécurité de l’ONU et mise en pratique par l’OTAN, ce bras armé de l’Empire yankee, qui a fini par s’imposer. […] le « cas libyen » a été soumis au Conseil de sécurité à partir de la propagande intense orchestrée par les médias qui n’ont pas craint de mentir en nous présentant une aviation libyenne en train de bombarder des civils innocents, sans parler de la grotesque mise en scène médiatisée sur la Place verte de Tripoli. C’est cette campagne de mensonges préméditée qui a justifié les mesures hâtives et irresponsables adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU et au nom desquelles l’OTAN a pu concrétiser par la voie des armes sa politique de « changement de régime » dans ce pays.
…en quoi s’est donc converti le fameux régime d’exclusion aérienne établi par la résolution 1973 du Conseil de sécurité ? Les plus de vingt mille mission aériennes de l’OTAN sur la Libye, dont beaucoup visaient à bombarder le peuple libyen, ne sont-elles donc pas le déni même de ce régime d’exclusion ? Une fois les forces de l’air libyennes totalement annihilées, la poursuite des bombardements « humanitaires » prouve que l’Occident impose, par OTAN interposée, ses intérêts dans le Nord de l’Afrique, transformant la Libye en un protectorat colonial.
Quel est le motif réel de cette intervention militaire ? Recoloniser la Libye pour s’approprier ses richesses. Tout le reste est subordonné à cet objectif-là.
…la résidence de notre ambassadeur à Tripoli a été envahie et saccagée, mais l’ONU a disparu dans les coulisses, gardant un silence ignominieux.
…pourquoi concède-t-on le siège de la Libye au soi-disant « Conseil national de transition », tout en bloquant l’entrée de la Palestine et en méconnaissant non seulement son aspiration légitime, mais encore la volonté d’ores et déjà majoritaire de l’Assemblée générale ? Le Venezuela ratifie ici de toutes ses forces, parlant au nom de l’autorité morale que lui concède la volonté majoritaire des peuples du monde, sa solidarité inconditionnelle avec le peuple palestinien et son soutien total à la cause nationale palestinienne, dont, bien entendu, l’admission immédiate d’un État palestinien de plein droit dans l’Organisation des Nations Unies.
Et l’on applique ce même format impérialiste en Syrie. […]
Il est intolérable que les puissants de ce monde prétendent s’arroger le droit d’ordonner la démission immédiate de gouvernants légitimes et souverains. Ça s’est passé en Libye, et l’on veut faire pareil en Syrie. Telles sont les asymétries en place dans l’arène internationale, tels sont les outrages infligés à des nations indépendantes.
[…]
Tournons maintenant nos regards vers la Corne de l’Afrique et nous aurons un exemple déchirant de l’échec historique de l’ONU : la plupart des agences de presse sérieuses soutiennent que de 20 000 à 29 000 enfants de moins de cinq ans sont morts ces trois derniers mois.
[…] Il faut à peine 1,4 milliard de dollars, non pour régler le problème, mais juste pour parer à la situation urgente où se trouvent la Somalie, le Kenya, Djibouti et l’Éthiopie. Selon toutes les informations disponibles, les deux prochains mois seront décisifs pour éviter la mort de plus de douze millions de personnes, la situation la plus grave étant celle de la Somalie.
La situation est d’autant plus atroce que l’on sait combien on est en train de dépenser pour détruire la Libye. Le législateur étasunien Dennis Kucinich nous en donne une idée : cette nouvelle guerre nous coûtera 500 millions de dollars rien que durant la première semaine ; bien entendu, comme nous n’avons pas les ressources financières pour ça, nous finirons par réduire les fonds alloués à d’autres importants programmes nationaux. Toujours selon Kucinich, rien qu’avec ce qui a été dépensé durant les trois premières semaines dans le nord du continent africain pour massacrer le peuple libyen, on aurait largement pu aider toute la Corne de l’Afrique et sauver des dizaines de milliers de vies.
[…] il est franchement lamentable que le message d’ouverture de la soixante-sixième session de l’Assemblée générale de l’ONU n’ait pas contenu un appel à une action immédiate pour régler la crise humanitaire que souffre la Corne de l’Afrique, mais qu’on nous est assuré en revanche que « le moment d’agir en Syrie était venu ».
Nous exigeons de même la levée du blocus honteux et criminel imposé à la République sœur de Cuba, du blocus que l’Empire applique depuis plus de cinquante ans, d’une manière cruelle et brutale, au peuple héroïque de José Martí.
Jusqu’en 2010, dix-neuf scrutins à l’Assemblée générale de l’ONU ont prouvé que la communauté internationale exigeait que les États-Unis lèvent leur blocus économique et commercial contre Cuba. Tous les arguments issus du bon sens international ayant échoué, il faut dès lors croire que cet acharnement contre la Révolution cubaine n’est que la conséquence de l’arrogance impériale se brisant sur la dignité et le courage dont fait preuve le peuple cubain rebelle, fermement décidé à régir ses destinées en toute souveraineté et à lutter pour son bonheur
Au Venezuela, nous croyons qu’il est temps d’exiger des États-Unis non seulement la levée immédiate et inconditionnelle du blocus criminel qu’ils imposent au peuple cubain, mais encore la libération des cinq militants antiterroristes cubains séquestrés dans les prisons de l’Empire au seul motif qu’ils cherchaient à empêcher les actions illégales que des groupes terroristes préparent contre Cuba sous la protection des administrations étasuniennes.
[…]
[…] Pour nous, il est clair que les Nations Unies ne s’améliorent pas et ne s’amélioreront pas du dedans. Quand on voit leur secrétaire général participer, aux côtés du procureur de la Cour pénale internationale à un acte de guerre, comme c’est le cas de la Libye, on ne peut rien attendre de la structure actuelle de cette organisation. […]
Il est intolérable que le Conseil de sécurité puisse tourner le dos, chaque fois qu’il lui chante, aux demandes majoritaires des nations et ignorer délibérément la volonté de l’Assemblée générale. À partir du moment où le Conseil de sécurité est une espèce de club de membres privilégiés, que peut bien faire l’Assemblée générale ? Quelle est donc sa marge de manœuvre quand ce Conseil viole le droit international ?
Pour paraphraser Bolivar – qui se référait concrètement au jeune impérialisme yankee, en 1818 – c’en est assez que le faible pratique la loi et le fort l’abus. Il ne se peut que nous, peuples du Sud, nous respections le droit international, tandis que le Nord nous détruit et nous pille en le violant.
Si nous n’entreprenons pas une bonne fois pour toutes de refonder les Nations Unies, cette organisation perdre définitivement le peu de crédibilité qu’il lui reste, et sa crise de légitimité s’accélérera jusqu'à l’implosion finale. C’est d’ailleurs exactement ce qu’il s’est passé avec son prédécesseur immédiat : la Société des nations.
[…]
L’avenir d’un monde multipolaire et en paix nous incombe. Les peuples majoritaires de la planète doivent s’articuler pour se défendre du nouveau colonialisme et garantir un équilibre de l’univers à même de neutraliser l’impérialisme et son arrogance.
Cet appel large, généreux, respectueux, sans exclusions, s’adresse à tous les peuples du monde, mais tout particulièrement aux puissances émergentes du Sud qui doivent assumer avec courage le rôle qu’elles sont appelées à jouer dans l’immédiat.
Des alliances régionales puissantes et dynamiques se sont nouées en Amérique latine et dans les Caraïbes, qui cherchent à structurer un espace régional démocratique, respectueux des particularités et soucieux de mettre l’accent sur la solidarité et sur la complémentarité, de renforcer ce qui nous unit et de régler politiquement ce qui nous divise. Et ce nouveau régionalisme admet la diversité et respecte le rythme de chacun. Ainsi, l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) progresse comme une expérimentation d’avant-garde de gouvernements progressistes et anti-impérialistes, en quête de formules qui permettent de rompre avec l’ordre international en vigueur et de renforcer la capacité des peuples à faire face, collectivement, aux pouvoirs de fait. Mais cela n’empêche pas ses membres de soutenir d’une manière décidée et enthousiaste la consolidation de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) afin de les grouper dans ce que le Libertador Simon Bolivar avait appelé « une nation de républiques ». Qui plus est, les trente-trois pays d’Amérique latine et des Caraïbes se préparent à faire un pas historique : fonder une grande organisation régionale qui nous regroupe tous, sans exclusions, et où nous pourrons concevoir ensemble les politiques qui devront garantir notre bien-être, notre indépendance et notre souveraineté, basés sur l’égalité, la solidarité et la complémentarité. Caracas, la capitale de la République bolivarienne du Venezuela, s’enorgueillit d’ores et déjà d’accueillir, les 2 et 3 décembre prochains, le Sommet des chefs d’État et de gouvernement qui fondera définitivement notre Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC).
dimanche 9 octobre 2011
La contamination étendue: Ignacio Ramonet
Sur l’échiquier des relations internationales, la "realpolitik" (définie par Bismarck, le "chancelier de fer" prussien, en 1862) considère que les pays se réduisent à leurs Etats. Elle ne tient jamais compte des sociétés. Selon elle, les Etats n’agissent qu’en fonction de leurs intérêts. L’objectif central de leurs alliances stratégiques étant la préservation de l’Etat, pas la protection de la société.
Depuis la paix de Wesphalie, en 1648, la doctrine géopolitique établit que la souveraineté des États est intouchable en vertu du principe de non-ingérence, et qu’un gouvernement, quelle que soit la manière dont il est arrivé au pouvoir, a la liberté la plus absolue de faire ce qu’il veut en matière d’affaires internes.
Une telle conception de la souveraineté - toujours dominante - a vu sa légitimité s’éroder depuis la fin de la guerre froide en 1989. Et cela au nom des droits du citoyen, et d’une idée plus éthique des relations internationales. Les dictatures, dont le nombre se réduit d’année en année, apparaissent de moins en moins légitimes au regard du droit international. Ne serait-ce que parce qu’elles dépossèdent les personnes de leurs attributs de citoyens.
Sur la base de ce raisonnement, au cours des années 1990, émergea le concept de droit d’ingérence ou de droit d’assistance qui conduisit, sous d’acceptables prétextes de façade, à des désastres politico-humanitaires de très grande envergure au Kosovo, en Somalie, en Bosnie... Pour finalement, sous la conduite des "neocons" américains, se fracasser totalement lors de la guerre d’Irak [7].
Cependant, de si tragiques échecs n’ont pas ruiné l’idée qu’un monde plus civilisé doit se résoudre à abandonner peu à peu une conception de la souveraineté interne établie il y a près de quatre siècles et au nom de laquelle des pouvoirs non élus démocratiquement ont commis (et commettent) d’innombrables atrocités contre leurs propres peuples.
En 2006, les Nations Unies, dans leur résolution 1674 [8], ont fait de la protection des civils, y compris contre leur propre gouvernement lorsque celui-ci fait usage d’armes de guerre pour réprimer des manifestations pacifiques, une question fondamentale. Qui modifie, en matière de droit international, pour la première fois depuis le Traité de Wesphalie, la conception même de la souveraineté interne et le principe de non-ingérence. La Cour Pénale Internationale (CPI), créée en 2002, va exactement dans le même sens.
E
Dans son texte, Ignacio Ramonet prenait certes ses distances avec l’OTAN. Il n’en estimait pas moins, dès sa première phrase : « Les insurgés libyens méritent l’aide de tous les démocrates ». Dieu soit loué, certains démocrates n’ont pas lésiné sur l’aide : en cinq mois, plus de 15 000 sorties aériennes ont permis d’offrir quelques milliers de tonnes de bombes, sans parler des missiles dernière génération, des forces spéciales terrestres sous forme d’instructeurs – un cadeau en principe prohibé, mais quand on aime, on ne compte pas. Seule comptait l’issue : victoire Total.
Le jeu de mots est certes facile ; il est cependant inévitable, notamment depuis que Libération [2] a révélé la lettre aux termes de laquelle le Conseil national de transition (CNT) s’était engagé à accorder 35% des concessions du pays au groupe pétrolier « en échange » (c’est le terme employé) de l’engagement militaire français (un document qui a naturellement fait l’objet d’un démenti précipité du Quai d’Orsay). Noble cause que celle du combat pour la liberté des peuples. Au demeurant, cela n’a pas échappé à l’auteur, qui note, à la fin de son article : « L’odeur de pétrole de toute cette affaire empeste ».
Certes. Mais pour autant, il reprend à son compte l’approche d’ensemble des dirigeants occidentaux et des médias qui leur sont liés. En particulier le schéma qui analyse le soulèvement libyen comme partie prenante du « printemps arabe ». Or une telle approche globalisante fait fi de chaque réalité nationale. En l’espèce, elle induit même un contresens.
En Tunisie puis en Egypte, les mouvements populaires, qui n’étaient certes pas réductibles l’un à l’autre, ont cependant revêtu d’importants points communs. Sur le plan intérieur, la mobilisation a vu converger les classes populaires et ce qu’il est convenu d’appeler les « classes moyennes », dans un mouvement dont les exigences sociales étaient inséparables des objectifs démocratiques ; dans chacun de ces deux pays, les luttes et grèves ouvrières des dernières années – durement réprimées – ont constitué un terreau essentiel au développement du mouvement, le tout sur fond d’une pauvreté massive.
Sur le plan extérieur, Zine el-Abidine Ben Ali comme Hosni Moubarak étaient sans conteste des marionnettes du camp occidental, dont ils ont toujours été partie intégrante, tant géopolitiquement, économiquement, qu’idéologiquement.
Fort différente était la situation libyenne. Sur le plan social, tout d’abord : le pays était, de très loin, le plus avancé d’Afrique selon le critère de l’Indice de développement humain (IDH). Il est à cet égard saisissant de compulser les statistiques fournies par le PNUD [3], que cela concerne l’espérance de vie (74,5 ans – avant la guerre, s’entend), l’éradication de l’analphabétisme, la place des femmes, l’accès à la santé, à l’éducation. Les subventions au niveau de vie et à la protection sociale étaient très substantielles. Point n’est besoin de faire partie du fan-club de Mouammar Kadhafi pour rappeler cela.
Par ailleurs, de par son histoire, ce dernier peut difficilement être assimilé à ses deux anciens voisins. Certes, Ignacio Ramonet note avec raison que, depuis le tournant des années 2000, il impulsa un rapprochement progressif avec les Occidentaux. Dans la dernière période, ceux-ci lui déroulèrent le tapis rouge, business oblige. Ils ne l’ont cependant jamais considéré comme « faisant partie de la famille » : trop imprévisible, et surtout n’ayant pas abandonné un discours de tonalité « tiers-mondiste », en particulier au sein de l’Union africaine au sein de laquelle il jouait un rôle tout particulier.
Pour autant, les privatisations et libéralisations mises en route ces dernières années n’ont pas été sans conséquences en termes de classe : une certaine catégorie de la population s’est enrichie, parfois considérablement, en même temps qu’elle intégrait l’idéologie libérale. Une partie de ceux-là même à qui le « Guide » avait confié la « modernisation » du pays, et les contacts privilégiés avec la haute finance mondiale (et son arrière-plan universitaire, notamment aux Etats-Unis) en sont venus à estimer que, dans ce contexte, le dirigeant historique était plus un obstacle qu’un atout pour l’achèvement du processus. Une partie des classes moyennes et de la jeunesse aisée, particulièrement à Benghazi pour des raisons historiques, a donc constitué une base sociale à la rébellion – une rébellion qui fut, dès le début, armée, et non pas constituée de foules pacifiques.
Les innombrables reportages et entretiens avec la jeunesse « anti-Kadhafi » étaient à cet égard édifiants. Le Monde [4] citait ainsi ces jeunes femmes aisées qui criaient « pas de lait pour nos enfants, mais des armes pour nos frères ». Un slogan qui eût probablement stupéfié les manifestants égyptiens. Et qui illustre en tout cas l’absurdité d’une analyse globalisante.
Bref, une absence de revendications sociales, voire une exigence de « plus de liberté économique » ; des appels – pas systématiques, mais fréquents cependant, et qui se confirment aujourd’hui – à une application plus stricte de la « loi islamique » ; des chefs du CNT étroitement liés au monde des affaires occidental, voire formés par lui ; et un mouvement qui n’a pu l’emporter que par la grâce des bombardements otaniens – tout cela ne s’appelle pas précisément une révolution. Symboliquement, le « nouveau » drapeau libyen est l’ancien oriflamme de l’ex-roi Idris Ier, renversé en 1969. Dès lors, le terme qui vient à l’esprit serait plutôt une contre-révolution.
Si on retient cette hypothèse – ne serait-ce qu’au titre du débat – alors l’optique change quelque peu. Cela ne signifie certes pas que les insurgés décidés à liquider Mouammar Kadhafi soient tous des agents occidentaux : beaucoup sont certainement sincères. Mais nombres de Chouans aussi l’étaient, lors des guerres de Vendée. Nombre d’entre eux furent cependant massacrés – parfois aveuglément, mais à bon droit si l’on voulait sauver la jeune Révolution.
En matière de « massacres », du reste, il ne semble pas que les protégés des puissances alliées aient beaucoup à apprendre, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela vaut en particulier pour les véritables pogroms qui se sont déroulés – et se déroulent peut-être toujours – à l’encontre des civils à peau noire. Présentés comme des « bavures » par les médias occidentaux faute d’avoir pu être totalement passés sous silence, il semble bien que leur ampleur dépasse très largement ce qui nous fut montré. Surtout, ils témoignent d’un racisme de classe, puisque, Libyens ou immigrés, les Noirs formaient les gros bataillons de ce qu’on pourrait appeler, au sens large, la classe ouvrière, peu en odeur de sainteté parmi les insurgés, en Cyrénaïque particulièrement.
Pour autant, la « protection des civils » n’est pas seulement un sommet d’hypocrisie de la part des dirigeants occidentaux. Elle constitue surtout le chausse-pied de l’ingérence, en absolue contradiction avec le principe fondateur de la Charte des Nations unies : la souveraineté et l’égalité en droit de chaque Etat.
C’est ce principe éminemment progressiste que défendent à bon droit les dirigeants cubains, vénézuéliens et bien d’autres latino-américains, au grand dam de l’auteur. Ce dernier dénonce ainsi l’« énorme erreur historique » qu’aurait constitué leur refus de prendre parti en faveur des rebelles. En adoptant cette attitude, ils apportent au contraire la plus grande contribution qui se puisse imaginer à l’émancipation sociale et politique des peuples. Il est vrai qu’en matière d’ingérence, l’historique sollicitude des Yankee à l’égard de leurs voisins du sud les a vaccinés.
Caracas, La Havane, et d’autres sont accusés par Ramonet de pratiquer une « Realpolitik » selon laquelle les Etats agissent en fonction de leurs intérêts. Heureusement qu’il en est ainsi ! Car l’intérêt d’Etat du Venezuela, de Cuba, et des pays latino-américains (et tout particulièrement des progressistes) est bien de se défendre contre la « légalisation » de l’ingérence qui n’a d’autre objet que de justifier l’immixtion des puissances impériales dans les affaires des autres.
Ignacio Ramonet loue donc la résolution onusienne 1793 autorisant l’emploi de la force contre Tripoli. Il voit dans l’aval préalable de la Ligue arabe un surcroît de légitimité à ce texte. Singulière approche : cette organisation, dont l’inféodation étroite aux Occidentaux n’est pas un secret, ne s’était pas jusqu’à présent illustrée par son engagement concret en faveur de la liberté des peuples (et du peuple palestinien en particulier). Dominée par des poids lourds aussi progressistes que l’Arabie saoudite, elle est un référent incontestable dès lors qu’il s’agit de promouvoir la démocratie…
L’auteur ajoute que « des puissances musulmanes au départ réticentes, comme la Turquie, ont fini par participer à l’opération ». Faut-il comprendre qu’une puissance musulmane a une légitimité toute particulière pour bénir le vol des Rafale et autres Mirage ? Voilà, en tout cas, qui fera plaisir aux Kurdes.
Enfin, pour achever de fustiger Chavez, Castro ou Correa, Ramonet rappelle que « de nombreux dirigeants latino-américains (avaient) dénoncé, à juste titre, la passivité ou la complicité de grandes démocraties occidentales devant les violations commises contre la population civile, entre 1970 et 1990, par les dictatures militaires au Chili, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay ».
Rappelons à cet égard ce que l’auteur sait mieux que quiconque : en fait de « passivité » ou de « complicité » des « démocraties occidentales », c’est en réalité à l’instigation directe de celles-ci, et avec leur concours actif, que les coups d’Etat sanglants ont été menés à bien. Pour autant, l’on ne sache pas qu’à l’époque, les démocrates de ces pays aient sollicité des raids aériens sur Santiago, ou l’envoi de commandos à Buenos-Aires. C’est par eux-mêmes – et jamais de l’extérieur – que les peuples se libèrent.
Au-delà du cas libyen, c’est bien ce point, le plus essentiel, qui mérite débat entre tous ceux qui se reconnaissent dans le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – ce qu’on appelait jadis l’anti-impérialisme. Jadis ? En fait jusqu’à ce que la chute de l’URSS et du pacte de Varsovie ouvre la voie à la reconquête de la totalité de la planète par le capitalisme, ses dominations et ses rivalités impériales. Et ne laisse d’autres choix aux pays que de s’aligner sur les canons (au sens religieux) des droits de l’homme, de l’Etat de droit et de l’économie de marché – trois termes devenus synonymes ; ou de se placer sous le feu des canons (au sens militaire) des gendarmes planétaires autoproclamés toute honte bue « communauté internationale ».
A cet égard, on peut évoquer une scène qui se déroula à Bruxelles, lors du sommet européen des 24 et 25 mars dernier. Il est près d’une heure du matin. Le président français déboule dans la salle de presse. Interrogé sur les bombardements engagés cinq jours plus tôt, il jubile : « C’est un moment historique. (…) ce qui se passe en Libye crée de la jurisprudence (…) c’est un tournant majeur de la politique étrangère de la France, de l’Europe et du monde ».
Nicolas Sarkozy dévoilait là en réalité ce qui est probablement l’objectif le moins visible, mais le plus lourd, de la guerre engagée. Le matin même, le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU qualifiait également d’« historique » la résolution mettant en œuvre la « responsabilité de protéger », pour la première fois depuis l’adoption de ce redoutable principe en 2005. Edward Luck poursuivait : « Peut-être notre attaque contre Kadhafi (sic !) est-elle un avertissement à d’autres régimes » [5].
Certes, en matière d’ingérence armée contre un Etat souverain, ladite « communauté internationale » (à géométrie variable) n’en est pas à son coup d’essai. Mais c’est la première fois que le Conseil de sécurité de l’ONU donne son feu vert explicite, et que le secrétaire général de celle-ci, Ban Ki-moon, joue un rôle actif dans le déclenchement des hostilités. Il faut bien mesurer la portée d’une telle situation : la mise en cause brutale de la souveraineté des Etats légalisée – à défaut d’être légitime. Les oligarchies planétaires dominantes, qui ont pour horizon ultime une « gouvernance mondiale » sans frontière ont ainsi marqué un point considérable : l’interventionnisme (« préventif », précise même M. Luck) peut être désormais la règle.
Cette conception, qui contredit explicitement la Charte des Nations unies, constitue une bombe à retardement : elle sape le fondement même sur lequel celle-ci avait été écrite et pourrait signifier un véritable retour à la barbarie dans l’ordre des relations internationale.
Car la défense sans compromis du principe de non-ingérence ne relève en rien d’un culte intégriste, archaïque et obtus, mais d’abord d’une raison de principe : c’est à chaque peuple, et à lui seul, de déterminer les choix qui conditionnent son avenir, faute de quoi c’est la notion même de politique qui est vidée de son sens – et ce, quels que soient les chemins dramatiques que celle-ci doit parfois affronter.
Il en va de l’ingérence exactement comme de la torture : en principe, les gens civilisés sont contre l’emploi de cette dernière – mais il se trouve toujours quelqu’un pour affirmer qu’« en des cas extrêmes », on doit pouvoir faire une exception (« pour éviter des attentats meurtriers » disait-on lors des « événements » d’Algérie ; pour « éviter le massacre de civils », justifie-t-on aujourd’hui à l’Elysée et ailleurs). Or tout le prouve : dès lors qu’on admet une exception, on en admet dix, puis cent, car on a accepté le débat sordide qui met en balance les souffrances infligées à un supplicié et les gains qu’on en attend, toujours présentés sous un jour humaniste. Il en va de même avec le respect de la souveraineté : une seule exception mène à l’éradication de la règle.
Il n’y a aucune – aucune ! – circonstance qui justifie l’ingérence. Quand bien même Nicolas Sarkozy mènerait une politique totalement contraire aux intérêts de son pays et de son peuple (hypothèse absurde, bien sûr), cela ne justifierait en rien que les avions libyens – ou bengalais, ou ghanéens – ne descendent en piqué sur les Champs-Élysées.
A cet égard, on reste perplexe devant l’affirmation selon laquelle « l’Union européenne a une responsabilité spécifique. Pas seulement militaire. Elle doit penser à la prochaine étape de consolidation des nouvelles démocraties qui surgissent dans cette région si proche ». Force est de constater que Ramonet reprend mot pour mot les ambitions affichées par Bruxelles. Passons sur le « pas seulement militaire » qui signifie, si les mots ont un sens, que l’UE serait fondée à interveniraussi militairement. Mais cette « responsabilité spécifique » dont ne cessent de se réclamer les dirigeants européens, qui donc leur aurait confiée ? La « bienveillance » qui échoirait naturellement au voisinage et à la puissance ? Voilà précisément la caractérisation même d’un empire – fût-il ici en gestation.
On ne peut s’empêcher de penser au discours que tint à Strasbourg l’actuel président de la République – c’était en janvier 2007, il était en campagne et entendait confirmer son engagement d’« Européen convaincu ». Il exaltait alors « le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l’Orient et l’Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon (…) » ; dès lors, poursuivait Nicolas Sarkozy, « l’Europe est aujourd’hui la seule force capable (…) de porter un projet de civilisation ». Et de conclure : « je veux être le président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification (sic !) après douze siècles de division et de déchirements (…). L’Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l’Afrique. Jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Afrique de demain ? Pendant que l’Europe hésite, les autres avancent ».
Ne voulant pas être en reste, Dominique Strauss-Kahn appelait de ses vœux, à peu près à la même époque, une Europe « allant des glaces de l’Arctique au nord jusqu’aux sables du Sahara au sud (…)et cette Europe, si elle continue d’exister, aura, je crois, reconstitué la Méditerranée comme mer intérieure, et aura reconquis l’espace que les Romains, ou Napoléon plus récemment, ont tenté de constituer ». Du reste, la plus haute distinction que décerne l’UE a été baptisée « prix Charlemagne » – indice de ce que fut l’intégration européenne dès son origine, et n’a jamais cessé d’être : un projet nécessairement d’essence impériale et ultralibérale.
Le débat ne porte donc pas sur le point de savoir si le colonel Kadhafi est un enfant de chœur exclusivement préoccupé du bonheur des peuples, mais bien sur ce qui pourrait caractériser le monde de demain : le libre choix de chaque peuple de déterminer son avenir, ou la banalisation et la normalisation de l’ingérence, fût-ce sous les oripeaux des « droits de l’Homme » ?
Car il faut rappeler une évidence : l’ingérence n’a jamais été, et ne sera jamais, que l’ingérence des forts chez les faibles. Le respect de la souveraineté est aux relations internationales ce que l’égalité devant le scrutin – un homme, une voix – est à la citoyenneté : certes pas une garantie absolue, loin s’en faut, mais bien un atout substantiel contre la loi de la jungle. Celle-là même qui pourrait bien s’instaurer demain sur la scène mondiale.
Et si tout cela parait trop abstrait, l’on peut revenir à l’histoire récente de la Libye. Après avoir été pendant des années soumis à l’embargo et traité en paria, le colonel Kadhafi a opéré le rapprochement évoqué ci-dessus avec l’Ouest, ce qui s’est notamment concrétisé, en décembre 2003, par le renoncement officiel à tout programme d’armement nucléaire en échange de garanties de non-agression promises notamment par Washington. Force est de mesurer, huit ans plus tard, ce que valait cet engagement : il a été tenu jusqu’au jour où l’on a estimé qu’on avait des raisons de le piétiner. Du coup, aux quatre coins du globe, chacun est à même de mesurer ce que vaut la parole des puissants, et quel prix ils accordent au respect des engagements souscrits.
Les dirigeants de la RPDC (Corée du Nord) se sont ainsi félicités publiquement de ne pas avoir cédé aux pressions visant à leur faire abandonner leur programme nucléaire. Ils ont eu raison. Il serait logique qu’à Téhéran, à Caracas, à Minsk et dans bien d’autres capitales encore, on tire également les conséquences qui s’imposent. Ce serait même parfaitement légitime.
A peine quelques mois avant la Libye, il y eut la Côte d’Ivoire – autre fierté sarkozienne : déjà le Conseil de sécurité de l’ONU y avait béni la politique de la canonnière, au seul prétexte de l’irrégularité alléguée d’une élection – une première !
Et déjà les Occidentaux briquent leurs armes (militaires et idéologiques) pour de prochaines aventures. Ainsi « Paddy » Ashdown – qui fut notamment Haut Représentant de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine pendant quatre ans… – vient-il de confier au Times [6] qu’il convenait désormais d’adopter et de s’habituer au « modèle libyen » d’intervention, par opposition au « modèle irakien » d’invasion massive, qui a montré ses insuffisances.
Pour sa part, le secrétaire général de l’OTAN, plaidait, le 5 septembre, pour que les Européens intègrent mieux leurs moyens militaires en cette période de restrictions budgétaires. Car, pour Anders Fogh Rasmussen, « comme l’a prouvé la Libye, on ne peut pas savoir où arrivera la prochaine crise, mais elle arrivera ». Voilà qui a au moins le mérite de la clarté.
A cette lumière, est-il bien raisonnable d’analyser la crise syrienne comme le soulèvement d’un peuple contre le « tyranneau » Bachar El-Assad ? Il n’est pas interdit de penser au contraire que ce dernier est en réalité « le suivant » sur la liste des chancelleries occidentales. Dès lors, n’y a-t-il rien de plus urgent, au regard même de la cause de l’émancipation des peuples, que de s’aligner, fut-ce involontairement, sur ces dernières ?
Eu égard aux engagements d’Ignacio Ramonet, on ne lui fera pas l’injure de l’assimiler à la « gauche », qui a depuis longtemps renoncé à la mémoire des luttes. Mais force est de constater qu’il se situe en l’espèce dans la foulée de cette dernière qui a sans hésiter choisi son camp dans l’affaire libyenne. Ce qui illustre une nouvelle fois ce triste paradoxe de notre époque : les forces du capital mondialisé et de l’impérialisme revigoré trouvent désormais l’essentiel de leurs munitions idéologiques à « gauche » – des « droits de l’Homme » à l’immigration, de l’écologie au mondialisme (qui est l’exact contraire de l’internationalisme). Mais cela est un autre débat.
Quoique.
